Captages pollués: l’État sabote la politique antipesticide en Bretagne
Captages pollués : l’État sabote la politique antipesticide en Bretagne
Sur ordre du premier ministre, les services de l’État ont déserté la commission locale de l’eau de la Vilaine, bloquant ainsi l’approbation d’un schéma prévoyant pour la première fois une interdiction des herbicides sur les aires de captage polluées.
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EnEn Bretagne, c’est une désertion sans précédent. Vendredi 13 mars, pour la troisième fois consécutive, les services de l’État se sont abstenus de siéger à la commission locale de l’eau (CLE) de la Vilaine, pourtant engagée dans une phase décisive de révision du schéma d’aménagement et de gestion de l’eau (Sage), prévoyant, entre autres, une interdiction des herbicides sur les captages pollués.
L’ordre leur a été transmis par le préfet d’Ille-et-Vilaine, Franck Robine, lui-même tenu par une consigne reçue du premier ministre Sébastien Lecornu. Le 13 janvier, réagissant aux manifestations agricoles, le chef du gouvernement avait annoncé sur X « demander […] un moratoire » sur « toutes les décisions relatives aux questions de la politique de l’eau », et ce « jusqu’à l’inscription en conseil des ministres de la loi d’urgence agricole ». Et c’est en vertu de ce moratoire – qui n’a été confirmé par aucun arrêté ni aucune circulaire – que le préfet a gelé la participation de l’État aux réunions de la CLE de la Vilaine.
« C’est une faute politique du premier ministre d’avoir lancé un moratoire qui n’a aucun fondement juridique, dénonce auprès de Mediapart le président de la CLE, Michel Demolder, vice-président de l’Assemblée permanente des présidents des commissions locales de l’eau de Bretagne (APPCB) et maire de Pont-Péan (Ille-et-Vilaine). Ce moratoire visait à interdire notre travail sur le Sage Vilaine », juge-t-il.
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Le lendemain du tweet de Sébastien Lecornu, la Fédération régionale des syndicats d’exploitants agricoles (FRSEA) de Bretagne et les Jeunes Agriculteurs ont en effet demandé la « suspension immédiate du Sage Vilaine », et ont obtenu en partie gain de cause, s’agissant du retrait de l’État.
Comme le soulignent plusieurs membres de la CLE joints par Mediapart, la disposition d’interdiction des herbicides sur le maïs, visant les aires d’alimentation de cinq captages prioritaires, la « règle 1 » du futur Sage, avait pourtant été proposée par les chambres d’agriculture elles-mêmes (sous contrôle de la FNSEA), lors d’une réunion de la CLE en février 2024.
« En mars 2025, il n’y a pas eu de vote “contre” le projet de Sage révisé, souligne Emmanuelle Deraeve, de la Fédération régionale de l’agriculture biologique (Frab). On comprend que le national s’en est mêlé. »
Pour Michel Demolder, la FNSEA redoutait certainement « de laisser passer une interdiction des pesticides qui pourrait être reprise au niveau national ».
Des réunions mouvementées
Le blocage total des travaux de la commission locale de l’eau a commencé le 11 décembre 2025 par une action massive de la FNSEA empêchant la tenue de sa réunion à Châteaubourg. « Les Renseignements territoriaux avaient recommandé aux membres de la CLE de ne pas venir sur place », explique un membre de l’instance. Pour contrer cette pression, la société civile s’est mobilisée et a réuni le 10 janvier plusieurs milliers de personnes à Rennes pour « la reconquête de la qualité de l’eau » et la défense du Sage Vilaine.
C’est quand même ce moratoire qui a cassé la discussion, et tout le monde l’a regretté.
C’est quand même ce moratoire qui a cassé la discussion, et tout le monde l’a regretté.
Mais le camp du « non » sort renforcé trois jours plus tard par l’annonce du « moratoire ». Le 16 janvier, la FNSEA perturbe les débats de la réunion de la CLE à Sainte-Marie, alors que les trois chambres d’agriculture et une dizaine d’élus locaux désertent.
Le 12 février, la réunion de la CLE à Laillé est plus calme mais toujours ignorée par l’État. Vendredi 13 mars, le président Demolder a prévenu que la réunion de la CLE de Pont-Péan se tiendrait à huis clos. Cependant, accompagné d’une trentaine de militants et d’un huissier de justice, Cédric Henry, président de la FDSEA 35, a tenté d’assister malgré tout aux débats. Mais il a dû quitter les lieux. L’assistance a d’abord débattu d’un courrier adressé le 4 mars au président de la CLE par les préfets de Bretagne et des........
