Frappes sur les Émirats arabes unis: l’empire menacé
Proche et Moyen-Orient — Analyse
Frappes sur les Émirats arabes unis : l’empire menacé
Les Émirats arabes unis ne sont pas seulement une place financière et commerciale. Ils sont aussi un pays impérialiste qui a construit un vaste réseau, notamment en Afrique. Et qui peut vaciller sous les coups de frappes iraniennes et des pertes financières.
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DerrièreDerrière les influenceurs et influenceuses désorienté·es et les clubs de Dubaï désertés, c’est un empire qui vacille. Les autorités des Émirats arabes unis (EAU) s’acharnent à démontrer que Dubaï, l’émirat vitrine de la confédération, avec son île de Palm Jumeirah, son hôtel Burj Al Arab en forme de voile, la vie de luxe de ses expatrié·es occidentaux, et Abou Dhabi, centre politique et économique, poursuivent leurs activités alors que les drones et les missiles iraniens strient le ciel. Elles vont jusqu’à s’en prendre à celles et ceux qui diffusent les images des dégâts.
Mais les sept émirats, qui ont formé en 1971 le jeune État fédéral après le retrait de la tutelle britannique, tremblent sous les coups des frappes iraniennes. Ils sont particulièrement visés, plus encore que leurs voisins. Si la guerre dure, tout ce que la fédération a construit au cours de sa courte histoire, basée sur le contrôle des flux et la stabilité, peut être remis en cause. De quoi susciter l’inquiétude dans les cercles dirigeants.
« Monsieur le président Donald Trump, une question directe : qui vous a autorisé à entraîner notre région dans une guerre avec l’Iran ? », a interpellé le milliardaire et homme d’affaires émirati Khalaf Ahmad al-Habtoor, dans un post sur le réseau social X publié le 6 mars et supprimé depuis, mais dont des captures circulent largement. « Avez-vous calculé les dommages collatéraux avant d’appuyer sur la gâchette ? Et avez-vous pris en considération le fait que les premiers à souffrir de cette escalade seront les pays de la région eux-mêmes ? », a-t-il poursuivi.
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Depuis le début de la guerre israélo-états-unienne contre l’Iran et les représailles de Téhéran contre ses voisins, les EAU ont été ciblés par 1 514 drones de type Shahed, 15 missiles de croisière et 268 missiles balistiques, selon un recensement du ministère de la défense émirati arrêté au 11 mars. L’immense majorité est interceptée, ce qui explique le faible nombre de victimes : six morts, de nationalité émiratie, pakistanaise, népalaise et bangladeshi, et 131 blessé·es de vingt-sept nationalités différentes, selon la même source.
Installations militaires états-uniennes, mais aussi infrastructures civiles comme l’aéroport de Dubaï, le port de Jebel Ali, ou résidentielles, commerciales et pétrolières, tout ce qui fait la renommée des Émirats est une cible. Vendredi 13 mars, c’est un immeuble du centre financier qui a été touché par des débris de drone.
Ce que Téhéran vise est la « marque » Dubaï, selon l’expression du professeur en science politique Abdulkhaleq Abdulla, cité par une consœur du Monde. Ce que les Gardiens de la révolution visent est aussi le pays qui a signé, en 2020, les accords d’Abraham de normalisation avec Israël, imaginés par Donald Trump lors de sa première présidence, et qui est devenu le meilleur allié de Tel-Aviv dans la région.
Par ricochet, ce que les frappes iraniennes mettent en danger, c’est un empire. Un réseau tentaculaire d’alliés et d’affidés et de possessions outre-mer, construit par Abou Dhabi au fil des décennies. La petite fédération a mis sa formidable puissance financière, mais aussi sa capacité diplomatique, au service d’un objectif : se protéger en devenant toujours plus puissante et en captant toujours plus de richesses.
« Les Émirats arabes unis se sont donc rendus indispensables aux pays africains et aux entreprises africaines en tant que secteur bancaire de l’Afrique. En gros, ils sont la banque de l’Afrique. Et cela parce que les Africains n’ont pas accès aux opérations bancaires en Europe, explique Kholood Khair, analyste politique soudanaise et fondatrice du think tank Confluence........
