Mine d’Imerys en Bretagne: plus de 3 000 litres de produits chimiques déversés en amont d’une réserve naturelle
Écosystèmes et pollution — Enquête
Mine d’Imerys en Bretagne : plus de 3 000 litres de produits chimiques déversés en amont d’une réserve naturelle
Selon les informations de « Splann ! », l’usine d’une mine d’andalousite a déversé illégalement une immense quantité de toxiques en juillet 2021. Ce scandale met en lumière les pratiques de la multinationale. Un signalement vient d’être transmis au parquet de Saint-Brieuc.
Celia Izoard (Splann !)
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EnEn lisant un journal local, Claude* a été pris d’une profonde amertume, de « nausée ». Le Télégramme du 11 juillet 2025 était consacré au site d’extraction de la multinationale Imerys au sein de laquelle il a travaillé pendant plus de vingt ans comme ouvrier, à Glomel (Côtes-d’Armor), au milieu du bocage armoricain.
Le minerai d’andalousite, qui sert principalement à produire des matériaux réfractaires pour les fours industriels, est extrait dans deux vastes fosses puis concentré dans les usines du site. Dans le quotidien régional, la porte-parole du groupe décrivait ainsi l’activité : « Il n’y a pas de chimie, le traitement du minerai repose exclusivement sur des procédés physiques : concassage, broyage et séparation des éléments en différentes étapes. »
« Pas de chimie ?, s’est insurgé Claude lors de sa rencontre avec Splann !. Il y a des gens qui sont lourdement exposés dans cet atelier. L’usine où je travaillais consomme chaque année 20 000 kilogrammes d’acide sulfurique et près de 50 000 litres de solvants et autres produits chimiques. »
Preuves à l’appui, des vidéos prises dans l’enceinte du site Imerys montrent l’usage de ces produits chimiques dans l’usine et leur déversement illégal en juillet 2021. Des liquides aux couleurs psychédéliques sont vidangés au sol, la nuit, avant de s’accumuler dans l’égout puis dans le ruisseau qui traverse le site.
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Dans la mine de Glomel – qui est une carrière aux yeux de l’administration, en raison du classement de l’andalousite comme minéral industriel –, l’andalousite est traitée dans deux usines par des broyeurs et des procédés utilisant l’énergie et l’eau.
Mais environ 117 tonnes par jour de minerai à la granulométrie plus fine sont acheminées vers l’usine de flottation, qui fonctionne vingt-quatre heures sur vingt-quatre. Là, il est trempé dans des bains successifs de réactifs qui permettent de séparer les minéraux recherchés, par exemple en les faisant flotter à la surface.
Au sens strict, la flottation est un procédé physique (puisqu’il n’y a pas de changement moléculaire) mais elle fait appel à de grandes quantités de produits chimiques. Une fois l’andalousite collectée, ces produits mélangés au minerai forment une matière boueuse grisâtre qui est pompée en continu vers une ancienne fosse servant de site d’enfouissement.
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« Cette usine n’est jamais traversée par les visiteurs, explique Claude. Pendant les journées portes ouvertes, on a eu ordre de l’arrêter pour qu’il n’y ait aucune odeur. C’est une sorte d’usine-fantôme. » En réalité, l’activité de flottation est connue des services de l’État, comme l'a confirmé la préfecture à Splann !. Elle apparaît bien – quoique discrètement – dans les demandes d’autorisations environnementales d’Imerys Glomel, mais elle n’est pas évoquée en public.
Interrogée par Splann !, la direction du groupe Imerys a répondu qu’elle utilise « un procédé de séparation physique et non d’une transformation chimique du minerai » et n’a pas reconnu l’usage de produits chimiques.
Dominique, qui vit dans une commune voisine, a visité la........
