Pascal Chabot : "La technique a toujours déterminé l’existence humaine"
Nous vivons aujourd’hui, affirme le philosophe Pascal Chabot dans Nos vies encapsulées : quel devenir pour l'humanité ? (PUF), son dernier livre, sous le règne d’une autarcie connectée. Non content de passer d’une boîte à l’autre – voiture, train, maison, garage, chambres d’hôtels sans fenêtres etc. – qui sont des milieux de plus en plus technicisés, nous nous lovons dans des outils numériques, tel le smartphone, qui renforce notre isolement au point d’ignorer son voisin dans le métro. Face à ce grand renfermement, le philosophe propose de nouvelles dynamiques pour ne pas mourir encapsulés. Explications.
Marianne : À vous lire, on a l’impression parfois que la technique, à l’instar de l’économie, est ce qui détermine nos vies en dernière instance.
Pascal Chabot : La technique a toujours déterminé l’existence humaine, à travers d’abord l’architecture et l’agriculture, qui ne peuvent se concevoir sans outil. Mais cette influence est désormais omniprésente car nous vivons maintenant de plus en plus dans des objets techniques.
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Nos logiciels conditionnent nos mentalités, et toutes nos transactions ont une forte composante technique. Nous vivons à l’intérieur du système, parfois sans mettre le nez dehors pendant 48 heures. L’encapsulement est majeur. Et pourtant, ce n’est pas l’aliénation pour autant.
Votre réponse montre à quel point vous avez le souci de ne pas sombrer dans l’inéluctable. Mais puisque votre livre s’interroge sur l’impact de la technique et que vous ne rejetez pas sine qua non l’IA, par exemple, quelle est votre vision du progrès ?
La question du progrès est une des interrogations philosophiques majeures, d’autant que nous n’avons plus de boussole. Ma conviction est que nous sommes souvent trop binaires en opposant progrès et récession, croissance et décroissance. Cette dichotomie ne permet pas de penser.
Il est plus fécond de considérer qu’il existe deux types de progrès : un progrès utile,........
