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Benoît Heilbrunn : "Le besoin anthropologique de reconnaissance a progressivement été capté par le marché"

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09.06.2026

Que cela passe par nos actions ou par ce que nous sommes en tant que personne, nous éprouvons tous ce besoin de validation, d'approbation et de reconnaissance. Celle-ci nous permet de nous rendre visibles et de nous sentir valorisés. Mais sa complexité peut devenir notre ennemie. Si c'est elle qui guide chacune de nos actions, alors elle peut engendrer de la souffrance, car nous ne vivons plus seulement pour nous-même mais dans l'attente de l'approbation d'autrui.

Dans son dernier ouvrage, publié aux éditions de l'Aube, Le poison de la reconnaissance, Benoît Heilbrunn, codirecteur de l’Observatoire « Marques, imaginaires de consommation et politique » de la Fondation Jean-Jaurès, ne critique pas la reconnaissance elle-même, mais sa transformation en objet de consommation et en mécanisme de dépendance et fait état de son paradoxe.

Marianne : Pourquoi avoir choisi le terme « poison » pour parler de la reconnaissance ?

Benoît Heilbrunn : Le titre peut effectivement paraître provocateur. Pourtant, mon intention n’était pas de condamner la reconnaissance, mais d’en souligner l’ambivalence. En parlant de poison, je fais référence au terme grec pharmakon, qui désigne à la fois le poison et le remède. La reconnaissance relève précisément de cette logique paradoxale : elle est indispensable à la vie psychique et sociale mais elle peut également devenir source d’aliénation.

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Nous ne pouvons pas nous construire sans le regard des autres. Mais cette nécessité peut devenir problématique lorsqu’elle cesse d’accompagner l’existence pour en devenir la finalité. Comme pour tous les poisons, tout est affaire de dosage. Nous avons besoin de reconnaissance pour nous développer, prendre confiance en nous et trouver notre place parmi les autres. Le problème apparaît lorsque l’on vit avant tout pour obtenir l’approbation d’autrui. C’est en ce sens que la reconnaissance peut devenir toxique. Elle nous rend dépendant d’une source extérieure qui échappe largement à notre maîtrise. Notre valeur semble alors suspendue au jugement des autres, avec tout ce que cela peut engendrer d’incertitude, de frustration et parfois de souffrance.

Pourquoi l’individu a-t-il tant besoin d’être reconnu ?

La reconnaissance est devenue centrale avec l’émergence moderne de la notion d’identité. Dans les sociétés démocratiques, la valeur d’un individu ne dépend plus essentiellement de son rang de naissance ou de son statut hérité. Elle dépend de ce qu’il est comme individu singulier. Cette........

© Marianne