L'économiste américain Michael Pettis : "L'Europe souffre indéniablement d'un problème d'efficacité"
L'Europe est souvent dépeinte comme le mauvais élève de l'économie mondiale, pénalisée par une certaine rigidité économique, des salaires élevés et un État-providence étendu. Depuis des années, les critiques soutiennent qu'il faut inverser cette tendance, car ces caractéristiques érodent la compétitivité européenne et poussent l'activité manufacturière vers des économies jugées plus « agiles », qui compriment les salaires, affaiblissent la protection des travailleurs, subventionnent l'industrie et gèrent étroitement leurs comptes extérieurs.
Ces critiques se sont faites plus pressantes ces dernières années, alors que les industriels européens perdent du terrain face à une Chine et des États-Unis de plus en plus compétitifs. Même des champions industriels comme l'Allemagne subissent des pressions ; les difficultés rencontrées par son secteur automobile et son Mittelstand (le tissu de PME allemandes) renforcent les appels à une amélioration de l'efficacité du secteur manufacturier européen.
Problème d'efficacité
Toutefois, on oublie trop souvent que l'efficacité industrielle et la compétitivité mondiale sont deux choses bien distinctes, nécessitant des solutions très différentes. L'efficacité désigne la capacité d'une économie à produire des biens en utilisant le moins de ressources possible ; elle est favorisée par de meilleures technologies, des infrastructures plus solides et une plus grande flexibilité du marché du travail.
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La compétitivité, en revanche, dépend moins de l'efficacité de la production que de la répartition des revenus au sein de l'économie. Un pays peut améliorer sa compétitivité en freinant la hausse des salaires intérieurs, même sans gagner en efficacité. À l'inverse, un gain d'efficacité ne se traduira probablement pas par une compétitivité mondiale........
