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"Le néolibéralisme français réclame moins d’État pour les autres, mais beaucoup pour lui-même"

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14.10.2026

La perspective d’une victoire du Rassemblement national à la prochaine élection présidentielle n’a plus rien d’une hypothèse marginale. Dans Où va la France de Macron ? (PUF, 2023), j’essayais de montrer que le macronisme devait être compris moins comme une singularité personnelle que comme l’aboutissement d’une trajectoire structurelle : celle d’un néolibéralisme devenu progressivement autoritaire. Trois ans plus tard, la normalisation du RN invite à prolonger cette analyse.

Une question circonscrite mérite d’être posée : pourquoi une partie des élites économiques françaises, qui considérait hier encore l’extrême droite comme infréquentable, accepte-t-elle désormais de la traiter comme un interlocuteur possible ? L’année 2026 marque une inflexion, lorsqu’au printemps Jordan Bardella est invité à discuter avec des grands patrons, et que Marine Le Pen participe en août à la Rencontre des entrepreneurs de France. Certes, le président du Medef a explicitement nié tout rapprochement, mais le fait essentiel était ailleurs : le RN était désormais reçu et écouté par les principales organisations de dirigeants comme un prétendant possible au pouvoir. Le cordon sanitaire s’était fissuré.

L'État dépense trop ?

L’explication par les affinités idéologiques de tel ou tel dirigeant est insuffisante, et par ailleurs il serait absurde de parler d’un « patronat français » homogène. Il faut déplacer la question vers la structure du capitalisme français et, plus particulièrement, vers ses sommets.

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En juillet 2025, la commission d’enquête du Sénat consacrée aux aides publiques aux entreprises (Sénat, rapport n° 808, juillet 2025) en a estimé le montant à au moins 211 milliards d’euros pour la seule année 2023. Le chiffre doit être utilisé avec prudence, mais le constat est saisissant. Le discours dominant, nourri par la dette publique, est celui de la lutte contre « l’assistanat ». L’État dépenserait trop. Notre modèle social serait devenu insoutenable. Les chômeurs seraient insuffisamment incités à travailler. Les retraites,........

© Marianne