"Par leur compromission avec l'idéologie et le pouvoir, certains scientifiques ont sacrifié 20 ans de progrès"
En 2005, le Collège de France consacrait deux journées à un colloque intitulé « Croyance, raison et déraison ». L’année suivante paraît un ouvrage qui reprend les textes des conférences. Dans son propos liminaire, l’un des organisateurs de ce colloque, coordinateur de l’ouvrage éponyme, l’historien Gérard Fussman écrit : « Les découvertes scientifiques peuvent être contestées au nom de croyances ancestrales d’autant plus facilement que, très souvent, elles contredisent des hypothèses précédemment tenues pour certaines par des scientifiques de même spécialité. La théorie copernicienne, les pratiques pastoriennes, le darwinisme ont suscité l’opposition des savants de l’époque. (…) Dans bien des cas, le heurt entre croyances anciennes, découvertes scientifiques et pratiques rationnelles issues de ces découvertes est une guerre dont les victimes invisibles se comptent par centaines de milliers ou de millions (…). »
Il rappelle encore une évidence que le Collège de France semblait alors juger indiscutable : qu'une découverte scientifique se heurte presque toujours à des croyances établies, que ce heurt puisse être violent – de Galilée à Lyssenko – et que les scientifiques disposent, pour le trancher, des débats de société car « elle se heurte, par définition, aux opinions reçues ou, pour le dire autrement, aux croyances communément admises ». Réunir des chercheurs de différentes disciplines qui exposent les résultats de leur recherche à un large public est la mission de nos nobles institutions académiques.
La santé publique n’a pas été épargnée par les croyances et lorsque la passion de croire l’emporte, les faits ne pénètrent plus l’esprit critique. C’est ce que nous avions montré dans notre livre Le Sermon d’Hippocrate (L'Observatoire, 2025). Vingt ans après ce colloque tenu au Collège de France,........
