Amar Ingrachen : "La gauche française exerce une tutelle intellectuelle néocoloniale sur les élites algériennes"
Ancien député d'Alger et ex-président du Rassemblement pour la culture et la démocratie (RCD), Saïd Sadi a tiré la sonnette d’alarme, dès les années quatre-vingt-dix. Avec une lucidité rare, il a dénoncé la complicité de la gauche française avec l’intégrisme islamiste. Son message était simple et terrible : pendant que cette gauche menait un combat acharné contre le Front national, qu’elle jugeait indigne de la France, elle recommandait aux populations du Sud un « islamisme qui leur va bien au teint ». Cette formule, Saïd Sadi l’avait prononcée dans un entretien accordé à L’Évènement du jeudi, en pleine guerre civile algérienne.
Sa célèbre phrase – « l’islamisme, c’est comme la mort, on n’en fait l’expérience qu’une fois » – a marqué les esprits. Pourtant, elle n’a provoqué aucun débat sérieux au sein des élites algériennes sur le rôle trouble de leurs tuteurs français, qui collaboraient ouvertement avec un fléau politique dévastateur : l’intégrisme islamiste. Saïd Sadi a longtemps été une voix isolée, condamnant ces « belles âmes » qui réduisaient méthodiquement les luttes démocratiques du Sud à de simples revendications alimentaires. Jamais ces luttes ne devaient être reconnues comme une volonté politique visant à renverser la dictature. Non, le régime autoritaire était décrété « moindre mal » pour des populations jugées inaptes à la citoyenneté.
Bien plus, la gauche française – partis politiques et médias confondus – a poussé le cynisme jusqu’à théoriser l’illégitimité des aspirations algériennes à la liberté. Elle a construit une équation meurtrière : le démocrate devenait «........
