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Réputation numérique: votre absence en ligne peut vraiment vous coûter

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08.04.2026

EXPERT INVITÉ. Avant de vous contacter, vos clients, vos partenaires et vos futurs employés vous cherchent en ligne. Ce qu’ils trouvent (ou ne trouvent pas) influence leur décision avant même que vous ayez décroché le téléphone. Pour certains dirigeants, le problème est un vide numérique qui freine leurs affaires. Pour d’autres, la menace vient d’ailleurs : à l’ère de l’intelligence artificielle, même une présence soignée peut être remplacée par une identité inventée de toutes pièces.

Il y a quelques semaines, je donnais une formation en image de marque personnelle à Polytechnique Montréal. Dans un atelier, les participants devaient analyser la réputation numérique d’un partenaire, notamment avec ChatGPT. Comme nous étions en nombre impair, je me suis joint à une participante.

L’IA lui avait expliqué, avec beaucoup de sérieux et de détails, que j’étais un historien suisse reconnu, spécialiste d’histoire économique. ChatGPT m’avait confondu avec un historien du même nom. Lorsque la participante a tenté de lui faire entendre raison, il a maintenu sa version. Avec conviction.

Pourtant, ma présence numérique est loin d’être négligée. Contre une hallucination de l’IA, toutefois, même le meilleur profil LinkedIn ne fait pas le poids. Il n’existe qu’un seul Renaud Margairaz (à ma connaissance). Et ce jour-là, un client potentiel aurait trouvé un historien à sa place.

Le silence n’est plus une option

Cet enjeu de clarté, je le rencontre régulièrement dans des PME québécoises. Un dirigeant compétent, respecté dans son milieu, dont la réputation repose entièrement sur le bouche-à-oreille. Sa présence en ligne se résume à une page Facebook créée il y a sept ans, un profil LinkedIn jamais mis à jour et quelques mentions éparpillées dans des annuaires professionnels.

Pendant longtemps, cela suffisait.

Le comportement des acheteurs a maintenant changé. Aujourd’hui, avant de vous appeler, vos interlocuteurs vous cherchent. Cette étape est silencieuse et rapide. Optimiser son empreinte numérique n’est plus une question de vanité, mais de crédibilité et, parfois, de chiffre d’affaires.

Ce que l’absence peut coûter concrètement

Patrick Bordeaux est un médecin spécialisé en psychiatrie de l’enfant, de l’adolescent et de la dépendance. Quand il m’a contacté, il s’apprêtait à lancer un livre sur le sujet. Conférencier en devenir, vulgarisateur passionné, reconnu dans son milieu : sur le papier, tout était là. Sauf en ligne.

Problème : Patrick devait assurer lui-même une partie de la promotion.

Ce vide numérique faisait donc planer des risques financiers sur trois fronts : les ventes de son livre, sa capacité à commercialiser ses conférences, et sa visibilité auprès des institutions susceptibles de l’inviter.

Un auteur sans présence en ligne est difficile à trouver, à promouvoir et à suivre. La chaîne de confiance est interrompue avant même d’avoir commencé.

Rien d’extraordinaire, en somme. Mais fait avec intention et cohérence.

Les résultats, huit mois plus tard

Patrick a commencé à recevoir des invitations : podcasts, conférences, et même un salon du livre en Suisse. Une communauté de professionnels de la santé s’est progressivement constituée autour de ses publications. Elle est engagée, fidèle, et principalement composée de praticiens qui ne l’auraient jamais trouvé autrement. Son livre s’est hissé dans le top 3 des ventes Amazon en toxicomanie, où il s’est maintenu pendant quinze semaines consécutives.

Ce qui l’a le plus marqué, c’est autre chose. Il m’a confié que pour la première fois, sa réputation numérique lui semblait être un juste reflet de qui il était dans la vraie vie. Pas un masque. Pas un rôle construit pour plaire. Lui.

C’est peut-être ça, sa plus grande réussite.

Par où commencer, sans avoir à y passer sa vie

Si vous dirigez une PME et que vous vous reconnaissez un peu dans cette situation, voici un premier exercice utile : tapez votre nom sur Google comme le ferait quelqu’un qui ne vous connaît pas encore. Puis faites le même exercice avec ChatGPT.

Ce que vous trouvez, c’est la première impression que vous laissez. Est-ce que cela vous ressemble et inspire confiance ?

Ensuite, trois priorités, dans l’ordre : une photo professionnelle récente qui reflète qui vous êtes aujourd’hui (pas celle prise lors d’un gala il y a six ans). Un profil LinkedIn avec un résumé clair de ce que vous faites, pourquoi ça compte, et pour qui. Et une prise de parole occasionnelle qui reflète votre expertise.

La vraie question à se poser

Il y a quelque chose de symbolique dans l’idée du ménage de printemps appliqué à sa réputation numérique. C’est la saison où l’on regarde ce qui a vieilli, ce qui ne correspond plus, ce qu’on a laissé traîner faute de temps. 

La question à vous poser n’est peut-être pas «ai-je une mauvaise image en ligne ?», mais plutôt  «est-ce que ce que les gens trouvent sur moi me représente vraiment ?».

Si la réponse vous laisse un doute, il est peut-être temps de dépoussiérer votre empreinte en ligne.

Car aujourd’hui, ce doute influence déjà ceux qui vous évaluent.


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