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Passez-vous plus de temps à gérer l’État que votre entreprise?

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10.03.2026

EXPERT INVITÉ. Jamais dans l’Histoire a-t-on demandé autant aux entrepreneurs. Il y a quelques décennies à peine, on demandait aux entreprises une seule chose bien précise: faire des profits. Aujourd’hui, on leur demande de sauver le monde!

Non seulement il faut être rentable, mais on s’attend aussi à ce que les entreprises soient durables, inclusives, transparentes, qu’elles prennent position socialement! Et la liste ne cesse de s’allonger.

En plus des attentes de plus en plus exigeantes de la société et d’une partie des consommateurs, l’entrepreneur fait face aujourd’hui à de nombreux défis qui s’accumulent à un rythme effréné.

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Depuis 2020, l’entrepreneur s’est transformé en gestionnaire de crises à temps plein. Pandémie, inflation, problèmes de chaînes d’approvisionnement, hausse des taux d’intérêt, pénurie de personnel, incertitude géopolitique, une bonne partie des entrepreneurs que je côtoie ne se rappellent pas d’une époque aussi intense pour eux, pour les équipes, pour leur entreprise.

Parallèlement, l’entrepreneur doit composer avec une complexité administrative qui explose. Normes environnementales, conformité fiscale, critères ESG, les entreprises croulent sous les demandes gouvernementales au point où les PME consacrent plus de 20% de leur temps administratif à la conformité réglementaire. Ce qui représente des dizaines de milliards de dollars par année.

Dernièrement, je parlais avec une amie qui ouvrira sous peu un petit café de quartier et pour tout vous dire, j’étais désespéré pour elle en l’écoutant m’énumérer la quantité de permis et de normes qu’elle doit respecter… Pour un café d’une quinzaine de places. Permis de la municipalité, permis du MAPAQ, permis d’alcool de la Régie des alcools, des courses et des jeux, permis d’enseigne, permis de terrasse, permis pour la musique, inspection incendie, normes d’accessibilité, normes environnementales et j’en passe. Une chatte y perdrait ses petits!

Je comprends l’importance d’imposer des règles strictes afin que le monde des affaires ne devienne pas le Far West. Mais comme il n’y a aucune coordination entre chaque organisme et que chacun travaille à son propre rythme et en silo, l’entrepreneur se retrouve souvent dans le néant, entre deux chaises, à attendre une approbation, une visite d’inspecteur ou une réponse à ses questions qui viendra, peut-être, un jour.

Au Québec, le problème n’est pas qu’il y a des règles, mais plutôt l’accumulation de celles-ci qui obligent l’entrepreneur à passer plus de temps à gérer l’État qu’à gérer sa propre entreprise.

Je dois vous avouer que je n’ai pas averti mon amie que les problèmes d’avant-ouverture ne sont que la pratique générale pour les problèmes d’après! Par crainte qu’elle abandonne si proche du but, j’ai gardé sous silence l’hypercomplexité de gérer les humains aujourd’hui. La gestion des ressources humaines représente un défi colossal. En plus de gérer son entreprise, elle va rapidement devoir devenir une psychologue amateure, coach de vie, médiatrice, négociatrice et officielle «bouche-trou» d’horaire!

Face à ce portrait peu reluisant, la question mérite d’être posée: est-ce que tous les risques que l’on prend en se lançant en affaires valent encore la peine?


© Les Affaires