4 raisons derrière le retard de productivité du Québec
EXPERT INVITÉ. Pénurie de main-d’œuvre, manque de relève, inflation, guerre tarifaire, crise du logement, sous-investissement… S’il y a une chose pour laquelle nous sommes forts au Québec, c’est bien pour trouver mille et une excuses afin de justifier l’état de notre économie.
Je ne dis pas que ces défis sont imaginaires, bien au contraire. Ils ont un effet sur nos entreprises et donc sur notre économie. Mais malgré tous nos efforts pour trouver des solutions, on évite presque toujours d’attaquer le véritable enjeu: celui de la productivité.
La productivité n’est pas uniquement un concept d’économiste, c’est une mesure cruciale qui détermine si une société s’enrichit ou si elle s’épuise. En résumé, la productivité mesure l’efficacité avec laquelle des ressources sont transformées en biens et services. Contrairement à une certaine croyance populaire, elle ne consiste pas à travailler plus, mais à travailler mieux. Et c’est là que le bât blesse.
Malgré une amélioration marquée dans la dernière décennie, la productivité du Québec se classe encore sous la moyenne nationale, notamment derrière l’Ontario, et sous celle de nos voisins du sud.
Soyons clairs, ce n’est pas par manque d’ambition, d’efforts ou par paresse, mais force est de constater que nous créons moins de richesses par heure travaillée que nos voisins avec lesquels nous sommes en compétition.
Pour ceux qui doutent encore de l’importance de cet indicateur clé: la productivité d’une économie se traduit par une hausse des salaires, par un pouvoir d’achat qui augmente, des services publics mieux financés, des entreprises moins dépendantes aux subventions, une économie plus compétitive à l’international ainsi qu’une diminution de la pression due à la pénurie de main-d’œuvre, en ayant besoin de moins de personnes pour produire la même chose.
Quant aux raisons derrière ce retard, elles sont multiples, mais voici celles qu’il faut régler en priorité:
Le paradoxe de la pénurie de main-d’œuvre
La pénurie est réelle, mais serait-elle gonflée par une mauvaise utilisation de la main-d’œuvre présente? Comment se fait-il qu’aujourd’hui encore des entreprises aux quatre coins de la province emploient des employés surqualifiés pour effectuer des tâches répétitives ou cumulent des processus manuels qui pourraient être facilement automatisés? À quoi ça sert de payer des cerveaux pour faire du copier-coller?
Une économie de petites entreprises
Le Québec est une terre d’entrepreneurs qui excellent pour démarrer une entreprise, mais trop peu d’entre elles deviennent grandes. Autant le fait que 99% de celles-ci sont de petites PME est une force pour la diversité de notre écosystème entrepreneurial, autant c’est un frein quand vient le temps d’effectuer des investissements majeurs, d’automatiser ou d’aller chercher des économies d’échelle.
La lourdeur du système
Je ne surprendrais personne en disant que chaque heure que nous passons à gérer le système est une heure au cours de laquelle nous ne créons absolument aucune valeur. La lourdeur administrative, combinée aux multiples complexités réglementaires en passant par les nombreux délais décisionnels, sont les meilleurs alliés de notre manque de productivité.
On valorise l’effort plutôt que l’efficacité
On ne va pas se mentir: au Québec, travailler fort est valorisé, et vouloir optimiser est suspect. Il existe encore dans plusieurs secteurs une forte résistance à tout type de changement incluant vouloir faire plus avec moins, éliminer le superflu ou repenser les façons de faire. Bien que le changement générationnel aide à ce que ces vieux réflexes disparaissent, ils sont encore un frein pour plusieurs entreprises qui souhaiteraient améliorer leur productivité.
Face à ce constat, nous n’avons pas le choix d’agir. La bonne nouvelle est que le Québec n’a ni un problème de talent ni d’efforts, il a tout simplement un problème de productivité. Et tant que nous ne ferons pas de cet enjeu une priorité, on continuera à travailler plus pour produire moins tout en regardant la compétition nous dépasser pendant qu’on s’appauvrit tout doucement, mais sûrement.
