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Europe: le réveil d’un marché boursier longtemps sous-estimé

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20.03.2026

Un texte de Guillaume Touze, président et chef de la direction de Quadra Capital

LES IDÉES DES AFFAIRES. Longtemps considérée comme la « belle endormie » des marchés boursiers mondiaux, l’Europe semble enfin sortir de sa torpeur.

Après des années de croissance molle, de décote persistante face aux États-Unis et de fragmentation politique, le Vieux Continent pourrait entrer dans une phase plus constructive, appuyée par des signes tangibles de redressement.

La question n’est plus de savoir si l’Europe est bon marché – elle l’est. La vraie question est plutôt : ses fondamentaux s’améliorent-ils vraiment ? De plus en plus, les données semblent indiquer que oui.

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L’Allemagne enclenche un tournant historique

Le véritable point d’inflexion vient d’Allemagne. Berlin a assoupli son frein à l’endettement et dévoilé l’annonce d’un programme massif de 500 milliards d’euros consacré aux infrastructures et à la défense. Il s’agit d’un tournant budgétaire sans précédent. Selon plusieurs estimations, cet effort pourrait ajouter entre 0,5 % et 1 % par an à la croissance allemande pour la prochaine décennie. Mais au-delà des chiffres, le signal politique est majeur : l’Europe recommence à investir dans sa capacité productive et sa sécurité stratégique.

Une dynamique économique enfin synchronisée

Cette impulsion allemande ne se produit pas en vase clos. Dans le reste de la zone euro, les initiatives s’alignent. L’Italie continue de déployer les fonds du plan Next Generation EU, l’un des programmes de relance les plus ambitieux de l’histoire européenne. L’Espagne combine exportations solides, gains de productivité et investissement dynamique. La France maintient pour sa part un soutien budgétaire important.

Pris ensemble, ces mouvements suffisent à enclencher un rebond cyclique. La croissance de la zone euro pourrait atteindre environ 1 %, un niveau supérieur à son potentiel récent et au consensus encore prudent.

Un environnement monétaire stabilisé

Du côté de la Banque centrale européenne, le cadre se clarifie. L’inflation semble se stabiliser autour de 2 %, près de la cible de la BCE, et le marché du travail demeure résilient, ce qui devrait permettre de maintenir une politique de taux relativement stable.

Cette prévisibilité monétaire, couplée à une impulsion budgétaire coordonnée, crée un environnement équilibré pour les actifs européens.

Des transformations structurelles qui pourraient changer la donne

Au-delà du cycle, plusieurs chantiers pourraient redéfinir durablement la trajectoire économique européenne.

Le premier concerne l’énergie. Les prix européens demeurent nettement plus élevés que ceux observés aux États-Unis, ce qui pèse sur la compétitivité industrielle. Mais cette contrainte agit aussi comme un catalyseur ayant le potentiel d’accélérer l’intégration énergétique : réseaux plus interconnectés, électrification accrue, montée en puissance des énergies renouvelables. Une stratégie plus coordonnée renforcerait l’autonomie tout en stimulant l’investissement.

Un autre levier majeur, souvent sous-exploité, est la commande publique. Représentant environ 15 % du PIB européen, elle pourrait accélérer l’innovation et structurer des filières industrielles solides si elle était orientée plus stratégiquement vers la défense, les infrastructures ou le numérique. Une meilleure coordination et une simplification des procédures, réclamée de longue date, décupleraient son impact.

Enfin, l’Union pour l’épargne et l’investissement représente un chantier essentiel. Chaque année, plusieurs centaines de milliards d’euros d’épargne quittent l’Union. Une intégration plus poussée des marchés de capitaux permettrait de mobiliser ces flux au service de l’innovation et de la croissance des entreprises européennes, de réduire le coût du capital et d’accroître la profondeur financière du continent. C’est l’une des réformes les plus structurantes pour la compétitivité future de l’Europe.

Actions européennes : un régime qui évolue

Ces dernières années, la performance des marchés européens a surtout reposé sur les valorisations. Désormais, le consensus prévoit une croissance des bénéfices d’environ 12 % en 2026 et 2027. Si cette dynamique se confirme, ce seront les fondamentaux – et non les seules valorisations – qui pousseront les rendements à la hausse. Malgré cela, les actions européennes se négocient toujours avec une décote significative par rapport aux titres américains. Et historiquement, ces écarts tendent à se réduire lorsque la dynamique bénéficiaire s’améliore.

De plus, un transfert même marginal des allocations mondiales vers l’Europe pourrait amplifier le mouvement et générer un impact significatif sur ses marchés, compte tenu de leur taille relative.

Une Europe imparfaite, mais en ascension

L’Europe n’a pas éliminé tous ses défis. Les enjeux énergétiques, démographiques et institutionnels persistent. Mais pour la première fois depuis longtemps, les

signaux cycliques et structurels convergent : valorisations attractives, reprise bénéficiaire, stabilité institutionnelle et potentiel d’afflux de capitaux.

Investir en Europe n’est plus un pari nostalgique, mais une option stratégique devenue crédible. Dans un environnement mondial volatil, ce retour en grâce pourrait surprendre.

Et en matière d’investissement, c’est souvent ainsi que commencent les meilleures histoires.


© Les Affaires