Ensemble, gardons le cap pour un Québec durablement prospère!
Un texte de plusieurs signataires, membres de l’écosystème de recherche et de transfert Transitions HEC Montréal*
LES IDÉES DES AFFAIRES. Le Québec, comme le monde en général, est à un point de bascule. La transition socioécologique n’est plus une option stratégique parmi d’autres. L’intelligence artificielle n’est plus une promesse abstraite. Les tensions économiques et géopolitiques ne sont plus des scénarios prospectifs. Elles redessinent déjà nos chaînes de valeur, nos marchés du travail et nos institutions.
Face à cette réalité, l’inaction n’est pas neutre, elle est un choix coûteux. Ralentir nos engagements en matière de durabilité au nom de l’incertitude actuelle — voire y renoncer — serait une erreur stratégique. Les sociétés qui traversent les transformations profondes ne sont pas celles qui attendent le retour à la stabilité, mais celles qui investissent dans leur capacité d’adaptation, d’apprentissage et de décision.
C’est précisément dans ce contexte qu’est né l’écosystème de recherche et de transfert Transitions HEC Montréal. Nous l’avons créé pour une raison simple: le Québec a besoin de lieux en mesure de transformer la connaissance en action, et l’action en trajectoires crédibles de transition. Cela exige une collaboration étroite entre recherche, enseignement, organisations, décideuses et décideurs publics, et de reconnaître que la transition durable est un enjeu de gouvernance, de modèles économiques et de leadership.
Les écoles de gestion ont une imputabilité particulière. Elles forment celles et ceux qui structurent les décisions d’investissement, les chaînes d’approvisionnement, les stratégies numériques et les politiques organisationnelles. Ne pas traduire la recherche scientifique en pratiques organisationnelles, c’est accepter un décalage dangereux entre ce que nous savons et ce que nous faisons.
Des preuves existent déjà que cette traduction de la recherche en action est possible et qu’elle prend forme à travers le Québec. Depuis 2018, le parcours entrepreneurial Impact pour la transition durable démontre comment un travail soutenu de coconstruction entre équipes de recherche, collectivités, gouvernements et actrices et acteurs économiques permet d’intégrer concrètement les enjeux de durabilité au cœur des modèles d’affaires : près de 200 start-ups et des centaines d’étudiantes et d’étudiants ont déjà été accompagnés dans cette voie.
Cette dynamique se retrouve aussi à l’échelle des grandes orientations nationales. La Feuille de route pour la transition vers une économie circulaire de la société québécoise 2025-2050, pilotée par le Réseau de recherche en économie circulaire du Québec, en partenariat avec le Pôle e3c HEC Montréal, illustre la volonté d’arrimer étroitement la génération de connaissances en durabilité aux pratiques de gestion et aux stratégies organisationnelles. Menée avec l’Université d’Oxford, l’initiative Measuring Beyond poursuit le même objectif en outillant la mesure de performance des entreprises sur les facteurs environnementaux, sociaux et de gouvernance (ESG).
Ce mouvement se nourrit aussi d’espaces d’échange structurants. En 2025, la Conférence mondiale de recherche sur les coopératives, conduite par l’Institut international des coopératives Alphonse‑et‑Dorimène‑Desjardins, a réuni à Montréal des centaines de chercheuses, chercheurs, praticiennes et praticiens qui développent des innovations sociales pour répondre aux enjeux de justice sociale et environnementale. Et l’École des dirigeantes et dirigeants des Premières Nations, désormais forte de cinq années d’existence, montre comment la transition durable passe également par la reconnaissance et la valorisation des savoirs autochtones dans la formation des leaders.
Et il ne faut pas s’arrêter là. Nous souhaitons accélérer la transition durable par trois principes:
Tirer parti de ce que nous savons déjà
Le Québec n’avance pas à partir de zéro. Il dispose d’un héritage solide – du coopérativisme à l’économie sociale ou à l’innovation sociale – et, plus récemment, s’appuie sur l’engagement d’entreprises dans des démarches ESG et sur des modèles d’économie circulaire pour démontrer sa capacité à renforcer la résilience collective et à protéger les écosystèmes. Ignorer ces forces au profit de solutions externes, déconnectées du terrain, serait une erreur stratégique.
Apprendre dans l’action
Les transitions exigent un apprentissage ancré dans les réalités organisationnelles, où les connaissances circulent dans les deux sens: de la recherche vers le terrain, et du terrain vers la formation et l’action. Former des gestionnaires responsables suppose de les confronter à des situations concrètes. Arbitrer sous contrainte, mesurer l’incidence des décisions et gérer les risques, tout cela requiert une exposition directe aux réalités économiques, humaines et environnementales.
Dans cette logique, l’accompagnement des entreprises fait partie intégrante de notre approche. Il ne s’agit pas de consultation, mais de soutenir les dirigeantes et dirigeants dans leurs choix stratégiques en testant des pistes d’action et en structurant des trajectoires de transition durable adaptées à leurs contextes.
Catalyser les expertises
Les transitions en cours ne se géreront ni en silos ni par des solutions partielles. Catalyser les expertises dans des domaines de la gestion associés à l’énergie, à l’économie circulaire, à la finance durable, à la créativité et à l’innovation sociale, à l’éthique organisationnelle, à l’entrepreneuriat ou au numérique responsable, c’est les faire interagir pour mieux éclairer les décisions, structurer l’action et orienter des trajectoires de transition souhaitables, mesurables et économiquement solides.
Cette approche véritablement transdisciplinaire implique la coconstruction des connaissances, particulièrement avec les Premières Nations, en reconnaissant la valeur de leurs savoirs et leur contribution fondamentale à la transition durable.
Nous nous engageons dans cette voie et appelons les entreprises et les organisations, les gouvernements, les universités et la communauté étudiante à s’y joindre et à œuvrer ensemble pour un Québec et un monde durablement prospères!
*Signataires Les membres de l’écosystème de recherche et de transfert Transitions HEC Montréal
Camille Grange, professeure agrégée et directrice de la transition durable, HEC Montréal
Caroline Aubé, professeure titulaire et directrice de la recherche et du transfert, HEC Montréal
Dominique Anglade, professeure associée, codirectrice du pôle IDEOS et directrice exécutive de l’École des dirigeantes et dirigeants, HEC Montréal
Emmanuel B. Raufflet, professeur titulaire et cotitulaire du Réseau de recherche en économie circulaire du Québec, HEC Montréal
Iwan Meier, professeur titulaire et titulaire de la Chaire en finance durable iA Groupe financier, HEC Montréal
Joé T. Martineau, professeure agrégée et titulaire de la Chaire en éthique organisationnelle et gouvernance de l’intelligence artificielle, HEC Montréal
Johanne Turbide, professeure titulaire et secrétaire générale, HEC Montréal
Joseph El-Khoury, chargé de cours et directeur de Transitions HEC Montréal
Laurent Simon, professeur titulaire et codirecteur de Mosaic, HEC Montréal
Luciano Barin-Cruz, professeur titulaire, codirecteur du pôle IDEOS et directeur exécutif académique de l’École des dirigeantes et dirigeants, HEC Montréal
Luis Cisneros, professeur titulaire et codirecteur du Pôle entRepreneuriat, HEC Montréal
Mai Thai, professeure agrégée et directrice du concours Social Business Creation, HEC Montréal
Olivier Bahn, professeur titulaire et codirecteur du Pôle e3c, HEC Montréal
Pierre-Olivier Pineau, professeur titulaire et titulaire de la Chaire de gestion du secteur de l’énergie, HEC Montréal
Rafael Ziegler, professeur agrégé et directeur de l’Institut international des coopératives Alphonse-et-Dorimène-Desjardins, HEC Montréal
Sylvain Amoros, professeur invité et responsable des partenariats, Chaire de commerce électronique RBC Groupe Financier, HEC Montréal
