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Payer pour travailler

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24.03.2026

EXPERT INVITÉ. Je ne connais personne qui aime jeter son argent par les fenêtres, et encore moins, brûler quelques billets de banque pour s’allumer un Cohiba comme on le voit dans les vidéoclips.

Si vous n’avez pas le privilège de faire du télétravail, et si vous n’habitez pas dans la région métropolitaine, desservie par une offre de transport en commun, vous devez prendre votre voiture pour vous rendre au travail.

Pollution, agressivité, rage au volant, détours, accidents, camions-remorques, chauffards et chauffeurs qui nous coupent à la dernière seconde sans mettre leur clignotant, dépassement par la droite, crevaisons, nids-de-poule, et heure de pointe interminable à toute heure de la journée définissent nos matins et nos fins de journée.

Loin des réjouissances, être pris dans le trafic pour se rendre au travail est une réalité que nous comprenons trop bien, mais que nous acceptons difficilement. Comment arriver de bonne humeur au travail alors qu’un trajet de 15 minutes nous en prend 38? Comment laisser les problèmes du bureau au bureau quand ça nous prend 45 minutes supplémentaires pour revenir à la maison?

Voiture électrique? Peut-être bientôt!

Covoiturage? Pas encore convaincu!

Autobus, transfert, autobus, attente à -28 degré Celsius, retards, autobus, et 2e transfert… je serais peut-être mieux d’aller sur le chômage pour ma santé mentale!

Quand je me rends au travail, comment ne pas penser au prix de l’essence? Quand je suis pris dans un stationnement sur la 640, la 440, la 40, la 13, la 15, ou la 20, comment ne pas regarder l’aiguille de mon réservoir d’essence?

Quand je vois que même les chauffeurs de taxi arrêtent leur voiture lorsqu’ils attendent leurs clients, je me dis que je ne suis pas si différent de ces derniers. Mon portefeuille a les mêmes limites qu’eux face au prix exorbitant de l’essence.

Bien évidemment, tout est une question de choix. Je pourrais ne rien faire les soirs et les fins de semaine, avoir une vie totalement plate afin de faire le plein d’essence sans trop impacter mon budget. Mais sérieusement, nous n’avons qu’une vie, et elle est déjà assez stressante comme ça, donc, est-ce sain de se priver de tout plaisir uniquement pour aller travailler?

Mon Kévyn, tu exagères! Ce n’est pas les 0,60$ de plus du litre qui vont te mettre à la rue! Je le sais, mais en tant que père de deux enfants sportifs, ma conjointe et moi faisons le taxi tous les jours de la semaine pour chacun de nos enfants. Donc, ces quelques dollars de plus par plein se multiplient rapidement en centaines de dollars à la fin de l’année.

Pour ceux et celles qui doutent ou qui trouvent que j’exagère… eh bien, allez dire ça aux petits propriétaires indépendants de station d’essence et à leurs employés qui se font voler du gaz à répétition depuis plus de trois semaines…

Au même titre que l’augmentation du prix des maisons et des difficultés liées à l’accessibilité; au même titre que les couples qui ne divorcent pas, mais qui font chambre à part parce que leurs finances ne leur permettent pas de vivre seuls, la fluctuation des prix de l’essence et ses conséquences sur le prix des denrées, du transport, du coût des matières premières et bien évidemment sur le coût direct et visible du prix de l’essence ont toutes des impacts négatifs sur le merveilleux monde du travail.

Les gens sont épuisés, stressés, anxieux, et ce n’est ni bon pour leur santé physique et psychologique ni bon pour les entreprises, leur rentabilité et leur productivité. Plutôt que d’être 100% concentré sur son travail, nous vaguons entre performance professionnelle et questionnements personnels.

Il n’est pas surprenant d’apprendre que de nombreux employés restent dans leur poste non pas par amour pour leur employeur ou parce qu’ils y sont heureux, mais par nécessité financière. Ils craignent de ne pas pouvoir trouver un autre emploi aussi bien rémunéré et proche de leur domicile dans les circonstances actuelles.

Ainsi, beaucoup d’employeurs ont des employés démobilisés et démotivés qui restent et collent pour les mauvaises raisons et beaucoup d’employés restent à l’emploi pour subvenir à leurs besoins primaires et rien de plus.

Dans ce contexte, il est très difficile de motiver, de mobiliser, et de tirer le meilleur de ses employés.

Offrir des mesures alternatives

Bien que des mesures gouvernementales soient nécessaires, les employeurs peuvent prendre certaines mesures pour aider leurs employés: encourager le télétravail, proposer des semaines de travail compactes sur trois ou quatre jours, rembourser des dépenses spécifiques, augmenter le montant de l’allocation pour l’utilisation d’un véhicule, qui est actuellement fixé à 0,72$ pour les 5000 premiers kilomètres, distribuer des cartes de carburant à leurs employés, récompenser le covoiturage, accepter des horaires plus souples pour éviter les heures de pointe, etc.

Quoique nous soyons déjà beaucoup taxés sur l’essence, la semaine dernière, lors du dépôt de son budget, le ministre Eric Girard n’a pas cédé à la tentation de rembourser les taxes engrangées à la pompe en raison de la guerre en Iran, comparativement à ses deux collègues engagés dans la course à la chefferie de la CAQ.

Au Québec, et plus précisément sur l’île de Montréal, les taxes sur l’essence représentent environ 60% du prix total, et vous conviendrez que ce n’est ni vous ni moi qui encaissons ces taxes, mais bien le gouvernement. Ces taxes à la pompe se déclinent de la façon suivante: taxe d’accise fédérale de dix cents le litre, taxe sur les carburants du Québec fixée à 19,2 cents le litre, taxe d’environ dix cents le litre pour financer le fonds d’électrification et des changements climatiques, taxes sur la consommation qui sont calculées sur le prix de gros incluant toutes les autres taxes, sans oublier la taxe spécifique trois cents le litre pour « financer » le transport collectif dans la région de Montréal.

Plutôt que de financer des programmes mal planifiés, comme SAAQ, Phénix, le projet informatique du CHUM et le dossier de santé numérique, et de perdre des milliards de dollars, pourrions-nous avoir un break de taxes ?

Oui, c’est peut-être populiste comme solution temporaire, mais puisque nous serons en élection dans sept mois, plutôt que de nous promettre le ciel, la CAQ devrait peut-être nous aider à respirer un peu…


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