Gestion d’équipe sous pression: les secrets olympiques de Jennifer Heil
EXPERT INVITÉ. Lorsque Jennifer Heil a remporté l’or olympique en bosses féminines aux Jeux de Turin en 2006, elle est devenue la toute première Canadienne médaillée d’or dans cette discipline. Quatre ans plus tard, à Vancouver, en compétition à domicile en tant que championne en titre, elle a décroché l’argent dès le premier jour des Jeux. Une performance qui l’a pourtant laissée «complètement anéantie», malgré sa place sur le podium.
Diplômée de l’Université McGill en commerce (gestion et sciences politiques) — et ayant jonglé pendant de nombreuses années à Montréal entre sport de haut niveau et études —, Heil possède une combinaison rare d’expérience en haute performance et de vision du leadership.
En tant que cheffe de mission du Canada pour les prochains Jeux olympiques d’hiver en Italie, dès le 6 février, Heil s’appuie sur ce double parcours pour diriger une équipe de centaines de personnes dans l’un des environnements sportifs les plus exigeants qui soient.
Dans un récent entretien, la fondatrice de Revvel, une jeune pousse spécialisée dans la santé des femmes, explique ce qui sépare la performance de haut niveau des quasi-échecs et pourquoi les leçons du sport d’élite s’appliquent directement au leadership dans tous les domaines.
Le rôle de chef de mission, comme l’explique Heil, revient «essentiellement à diriger l’équipe, en supervisant à la fois les athlètes et le personnel de la mission», et mobilise plusieurs centaines de personnes chargées de créer «l’environnement de performance idéal» pour les espoirs olympiques canadiens.
Le Comité olympique canadien décrit officiellement ce poste comme celui où le chef de mission agit comme principal porte-parole d’Équipe Canada et comme mentor, offrant soutien et encouragement, afin de motiver et inspirer l’équipe tout en protégeant les performances des athlètes.
C’est une responsabilité qui exige ce que Heil appelle «ce sentiment d’avoir déjà vu ça, d’avoir déjà vécu ça» pour apporter le calme et guider les autres dans les moments de forte pression.
Cette perspective est le fruit d’une expérience durement acquise. Ayant passé de nombreuses années à Montréal, durant sa carrière sportive et ses études à l’Université McGill, Heil a appris par elle-même à jongler entre performance de haut niveau, entraînement intensif et études universitaires, une expérience sur laquelle elle s’appuie aujourd’hui pour épauler les autres sous pression.
Sa médaille d’argent aux Jeux olympiques de Vancouver en 2010 a été obtenue dans un contexte particulièrement difficile: une amie et concurrente venait d’être paralysée peu avant la compétition, des difficultés personnelles s’accumulaient et, en tant que favorite concourant à domicile, la pression était énorme.
«Dire que je n’étais pas contente est probablement un euphémisme», se souvient-elle. «J’étais complètement anéantie, j’avais l’impression que mon monde s’écroulait. Et cela tient en grande partie au fait que, en tant qu’athlètes, nous devons rester totalement concentrés. Nous devons nous immerger complètement dans l’instant présent. Et puis, soudain,........
