Le paradoxe chinois
EXPERT INVITÉ. La Chine vient de publier deux séries de chiffres qui racontent deux économies presque opposées. D’un côté, les exportations progressent de près de 24%, portées par les semi-conducteurs, l’IA, les véhicules électriques et l’ensemble de la chaîne technologique.
De l’autre, le consommateur chinois s’efface: les ventes au détail ralentissent, les services stagnent, le crédit aux ménages se contracte et la confiance reste proche de ses plus bas historiques. Pékin voulait rééquilibrer son modèle vers la consommation intérieure; il dépend aujourd’hui plus que jamais de la demande du reste du monde. Synthèse et analyse.
La Chine continue d’afficher une capacité industrielle impressionnante. En juillet, ses exportations ont bondi de 23,9% sur un an, largement au-dessus des attentes.
Cette performance n’est pas seulement le résultat de produits bon marché. Les exportations de haute technologie ont progressé de plus de 40 % sur les sept premiers mois de l’année et celles de semi-conducteurs ont presque doublé en valeur.
L’intelligence artificielle, les équipements numériques, les composants électroniques, les véhicules électriques et les infrastructures de calcul deviennent les nouveaux moteurs de l’appareil exportateur chinois. La Chine ne se contente plus de vendre des jouets, des textiles ou des panneaux solaires : elle vend de plus en plus les outils de l’économie technologique mondiale.
Mais derrière cette réussite extérieure, le tableau intérieur s’assombrit. Les ventes au détail n’ont progressé que de 0,6% en juillet, contre 1% en juin et 1,5% attendu par les économistes.
La production industrielle a ralenti à 4,5%, tandis que l’investissement en actifs fixes a chuté de 6,7 % sur les sept premiers mois de l’année. La Chine produit, exporte et investit moins chez elle, tout en vendant davantage au reste du monde.
Le modèle que Pékin voulait construire s’éloigne
Depuis plus d’une décennie, les autorités chinoises répètent vouloir réduire la dépendance aux exportations, à l’immobilier et à l’investissement industriel.
Le discours est clair : une économie mature ne peut plus seulement construire des usines, des routes et des appartements ; elle doit permettre à ses ménages de consommer davantage.
C’est un impératif économique, mais aussi politique. Une croissance tirée par les ménages est plus stable, moins dépendante de la conjoncture mondiale et moins exposée aux tensions commerciales avec les États-Unis ou l’Europe.
Il faut toutefois distinguer deux chiffres souvent confondus. La consommation peut représenter plus de 60 % de la croissance du PIB sur certaines périodes, sans représenter plus de 60 % du PIB lui-même.
Aujourd’hui, la consommation des ménages chinois pèse environ 40 % du PIB. C’est beaucoup moins qu’aux États-Unis, où elle approche les deux tiers de l’activité, et nettement inférieur aux grandes économies européennes.
Pékin n’a pas fixé officiellement un objectif de consommation des ménages à 60 % du PIB. Mais le sens du plan est évident : augmenter durablement cette part et faire de la demande intérieure le moteur principal de la prochaine décennie.
Le nouveau plan consacré à la consommation vise environ 60 000 milliards de yuans de ventes au détail annuelles d’ici 2030. Il met l’accent sur les services, la santé, l’éducation, le tourisme, les loisirs, la mobilité et la consommation numérique.
Mais cette stratégie se heurte à une réalité simple : on ne transforme pas une économie de production en économie de consommation en distribuant quelques subventions à l’achat de voitures ou d’appareils ménagers. Il faut que les ménages se sentent suffisamment riches, protégés et confiants pour dépenser sans craindre le lendemain.
Or, les données de juillet montrent exactement........
