Et si tout était de la faute de Kevin Warsh!
EXPERT INVITÉ. Depuis plusieurs jours, les marchés semblent découvrir une nouvelle explication à la correction des valeurs liées à l’intelligence artificielle. Pour beaucoup d’investisseurs, il s’agirait simplement d’une forme d’« AI fatigue », après plusieurs mois d’une progression quasiment ininterrompue des semi-conducteurs, des infrastructures de données ou encore des grandes plateformes technologiques.
Cette lecture est séduisante, mais elle me paraît largement incomplète. En réalité, le véritable changement est probablement ailleurs : depuis l’arrivée de Kevin Warsh à la tête de la Réserve fédérale, les investisseurs redécouvrent que même les plus belles histoires de croissance restent étroitement dépendantes du coût du capital. Autrement dit, la récente correction des valeurs technologiques pourrait être beaucoup moins une remise en question de l’intelligence artificielle qu’une conséquence directe du retour durable des taux d’intérêt élevés. À peine arrivé et déjà sous le feu de la rampe. Synthèse et analyse.
Depuis plusieurs semaines, le discours de la Réserve fédérale a profondément changé et, avec lui, la perception des investisseurs.
Lors de sa première réunion en tant que président de la Fed, Kevin Warsh n’a pas seulement confirmé le maintien des taux directeurs ; il a surtout envoyé un message particulièrement clair concernant la priorité absolue donnée à la lutte contre l’inflation.
Le marché ne s’interroge plus sur la date de la prochaine baisse des taux, mais sur la durée pendant laquelle la banque centrale américaine sera prête à maintenir une politique monétaire restrictive.
Ce changement de narration est loin d’être anodin. Pendant près de deux ans, une grande partie de la hausse des marchés actions s’est construite sur l’idée que les banques centrales finiraient rapidement par assouplir leur politique monétaire.
Aujourd’hui, cette hypothèse est progressivement remise en question. Les rendements obligataires restent élevés, les anticipations de baisse de taux continuent de reculer et les investisseurs redécouvrent qu’un coût du capital durablement plus élevé modifie profondément la manière dont les entreprises sont valorisées.
C’est précisément dans cet environnement que les valeurs technologiques deviennent particulièrement sensibles. Plus une entreprise repose sur des bénéfices attendus dans plusieurs années, plus la hausse des taux d’actualisation réduit mécaniquement sa valorisation actuelle.
Ce n’est donc pas uniquement l’intelligence artificielle qui est aujourd’hui jugée par les marchés ; c’est surtout le prix que les investisseurs sont encore prêts à payer pour cette croissance future.
Pourquoi les valeurs technologiques souffrent lorsque les taux remontent
Pour comprendre ce qui se passe actuellement sur les marchés, il faut revenir à un principe fondamental de la finance que beaucoup d’investisseurs avaient fini par oublier durant les années de taux proches de zéro : une entreprise vaut avant tout par les bénéfices qu’elle générera demain.
Plus ces bénéfices sont éloignés dans le temps, plus ils deviennent sensibles au niveau des taux d’intérêt utilisés pour les actualiser.
C’est précisément ce qui distingue aujourd’hui la plupart des entreprises technologiques des secteurs plus traditionnels.
Les groupes liés à l’intelligence artificielle, au nuage, aux logiciels........
