Copropriété naufragée: la tempête parfaite
EXPERT INVITÉ. Il était une fois une copropriété québécoise parfaitement ordinaire, comme environ 80% du parc de condominiums.
La mission des administrateurs était claire: préserver l’immeuble, faire respecter les lois, la déclaration de copropriété, et maintenir une certaine harmonie entre les résidents.
Sans tambour ni trompette, un phénomène majeur s’est installé: la judiciarisation progressive, quelque chose de remarquablement efficace pour ceux qui gagnent leur vie sur le dos des conflits.
Jamais la copropriété n’aura été aussi conseillée, encadrée, mise en garde, juridiquement parlant. Jamais les administrateurs n’auront été aussi « sensibilisés » sur leurs responsabilités. Jamais les différends n’auront été aussi présents.
Bien sûr, le droit est essentiel. Mais à force d’observer la copropriété presque exclusivement à travers le prisme juridique combatif, un glissement subtil, mais stratégique s’est produit.
Là où il fallait parfois voir des solutions, on a commencé à voir des procédures. Là où il fallait du dialogue, on a ajouté du langage juridique et des règlements. Là où il fallait de la prévention, on a multiplié les mises en demeure.
Interprétation à gogo
La copropriété est progressivement devenue un lieu où chaque décision peut être interprétée, contestée ou réinterprétée, parfois avant même d’être appliquée.
Comme si, à force de vouloir éliminer des risques, on avait fini par créer une religion. Celle de décourager l’engagement citoyen et d’éroder doucement l’autonomie........
