Iran: une chute du régime ne chambarderait pas le marché pétrolier
ANALYSE GÉOPOLITIQUE. À moins que l’Iran ne ferme carrément le détroit d’Ormuz à l’entrée du golfe Persique où transitent de 20 à 25% des hydrocarbures dans le monde, une simple chute du régime iranien aurait peu de conséquences sur le prix du baril de pétrole. L’Iran produit relativement peu d’or noir, alors que le marché mondial est actuellement en surproduction.
La présente révolte populaire est sans doute la plus grande menace au régime des mollahs depuis la révolution islamiste en Iran en 1979. En octobre 2022, la révolte de femmes opposées au port obligatoire du voile islamique à la suite de la mort d’une jeune fille en prison avait ébranlé le régime autoritaire.
Mais ce dernier avait survécu en matant dans le sang cette révolte populaire.
Aujourd’hui, les mollahs appliquent la même répression pour éviter d’être renversés, alors que le régime est de plus en plus contesté par toutes les tranches de la société. Il est impossible d’avoir le nombre exact de morts depuis le début de la révolte populaire, fin décembre. Toutefois, selon plusieurs médias, on parle de milliers de morts dans le pays.
Ce régime théocratique peut-il s’effondrer cette fois?
C’est possible, mais ce risque demeure faible, selon Sami Aoun, professeur et spécialiste du Moyen-Orient à l’Université de Sherbrooke, de même que directeur de l’Observatoire du Moyen-Orient et de l’Afrique du Nord à la chaire Raoul-Dandurand en études stratégiques et diplomatiques à l’Université du Québec à Montréal.
S’appuyant sur cinq éléments d’analyse, il affirme à Les Affaires que le régime iranien est plus résilient qu’on le pense.
«Il apparaît que le régime iranien est profondément affaibli, mais pas menacé d’effondrement immédiat à court terme. Il s’agit moins d’un régime en fin de vie que d’un “régime zombie”: toujours debout institutionnellement, mais miné de l’intérieur, privé de légitimité sociale et de capacité d’expansion», écrit-il dans un courriel.
Voici les cinq éléments sur lesquels ce spécialiste de l’Iran s’appuie pour arriver à ce constat.
1. (Critiques) – Nous n’avons pas vu une critique du régime émanant des institutions religieuses ou du cercle du pouvoir, proposant par exemple de rendre le port du voile facultatif.
Cela dit, Sami Aoun souligne que des observateurs ont noté une «application plus souple et sélective» des règles vestimentaires. «Le régime n’a pas renoncé au voile comme pilier de sa légitimité religieuse, mais il en a assoupli l’application»,........
