Suivre sa passion est une erreur
EXPERT INVITÉ. Pendant des années, j’ai enseigné l’entrepreneuriat à l’ÉTS. J’ai rencontré des centaines d’étudiants brillants, ambitieux, remplis d’idées et convaincus qu’ils pouvaient changer le monde. Presque chaque session, la même question revenait: «Dominic, comment je sais si je suis prêt à me lancer?»
Ma réponse décevait souvent: deviens d’abord vraiment bon à quelque chose.
Pourtant, depuis des décennies, nous répétons aux jeunes: «Suis ta passion, fais ce que tu aimes et tu n’auras pas l’impression de travailler un seul jour de ta vie.»
C’est inspirant, rassurant et ça fait une superbe publication sur Instagram.
Je pense aussi que c’est l’un des conseils les plus surévalués qu’on leur ait donnés.
Je ne dis pas que la passion n’a aucune importance. Au contraire. Elle peut donner de l’énergie, de la persévérance et du sens. Toutefois, nous avons fait une erreur fondamentale: nous avons transformé une émotion en stratégie de carrière.
Et aujourd’hui, nous sommes surpris que plusieurs jeunes arrivent sur le marché du travail avec énormément d’attentes, mais parfois pas encore les compétences nécessaires pour les concrétiser.
La passion ne précède pas toujours la compétence
Il y a une idée que je trouve beaucoup plus proche de la réalité: on devient souvent passionné par ce dans quoi on devient excellent.
Pensez aux gens que vous connaissez qui sont exceptionnellement bons dans leur métier. Un entrepreneur, une ingénieure, un électricien, une vendeuse, un chef cuisinier ou une gestionnaire remarquable. Combien ont découvert, à 17 ans, une passion viscérale pour ce qu’ils font aujourd’hui?
Probablement très peu.
Ils ont commencé quelque part. Ils ont appris, travaillé et progressé. Puis, tranquillement, quelque chose s’est produit: la compétence a créé de la confiance, la confiance a créé des possibilités et ces possibilités ont souvent nourri la passion.
Dans ma dernière entreprise, les meilleurs employés que j’ai côtoyés n’étaient pas nécessairement ceux qui parlaient constamment de leur passion. C’étaient ceux qui prenaient leur travail au sérieux, qui voulaient devenir meilleurs, qui posaient des questions et qui cherchaient à........
