Budget du Québec : un éléphant dans un magasin de porcelaine.
EXPERT INVITÉ. Le « timing » est stratégique. Dans quelques semaines, la Coalition Avenir Québec élira son nouveau chef. Dans quelques mois, les électeurs seront appelés aux urnes. Le moment idéal, en théorie, pour un budget électoral généreux : baisses d’impôts massives, annonces spectaculaires, promesses de relance…
Mais ce n’est pas ce que nous avons eu.
Ce budget, comme le ministre Girard l’avait annoncé, est étonnamment sobre…… dans ses promesses. Pas dans ses dépenses.
Pas de gros chèques aux contribuables, pas de mesures chocs, encore moins de révolution fiscale. Côté équilibre budgétaire : encore un déficit important — autour de 8,6 G$ pour 2026-2027 selon les estimations les plus courantes, qui incluent notamment les versements au Fonds des générations et la provision pour éventualités — même si le déficit comptable est un peu moins élevé.
Tout ça à cause de l’absence de marge de manœuvre.
Le retour à l’équilibre? Toujours prévu pour 2029-2030.
Optimiste vous dites?
Le taux de croissance des dépenses qu’on a comprimé…
Dans le budget de l’an passé, on avait prévu une croissance des dépenses moyenne, au cours des cinq années suivantes, de 2,1 % par année. Même si ce taux était déjà optimiste – il correspond au taux d’inflation prévu – il faut savoir que l’année dernière a déjà « gobé » 42 % de ces cinq années, ce qui n’en laisse que moins de 1,6 % pour les quatre prochaines, en moyenne, parce qu’on a conservé l’objectif raisonnable du retour à l’équilibre.
Maintenir une croissance aussi faible des dépenses sur plusieurs années, c’est plus facile à écrire dans un plan budgétaire qu’à livrer pour vrai.
On sait que la grande partie des dépenses est reliée aux salaires qui, eux, avancent plus vite que l’inflation. Donc, en dollars ajustés, on peut dire qu’il y a réduction des dépenses. Serions-nous retournés en austérité?
Dans un contexte où la pression démographique demeure, dites-moi que les services ne seront pas affectés.
Enfin, on dit qu’on ne coupe pas, mais on resserre.
Le gouvernement mise plutôt sur des investissements ciblés pour stabiliser les services publics, soutenir le logement et entretenir les infrastructures existantes.
On tient le fort, mais on n’avance pas.
Concrètement, sur 9,6 G$ additionnels annoncés d’ici cinq ans :
4,3 G$ vont aux grandes missions de l’État (santé, éducation, justice) ;3,6 G$ soutiennent les ménages et les communautés ;seulement 1,7 G$ visent la transformation économique.
La priorité n’est donc pas d’accélérer, mais d’éviter de reculer.
Même logique du côté des infrastructures : 71 % des sommes servent à maintenir ce qui existe déjà.
On répare. On prolonge. On évite que ça lâche. Si on faisait bien les choses du premier coût, peut-être que moins d’infrastructures tomberaient en ruine aujourd’hui.
Pour vous, contribuables, l’impact est modeste. Quelques mesures ici et là — garderies (faut pas lâcher), logements, taxe scolaire — mais rien qui change vraiment la donne.
Il faut cependant savoir que le gouvernement a réservé 250 M$ par année pour le prochain chef, afin qu’il puisse financer ses propres priorités après l’élection.
Sobre aujourd’hui, mais un peu plus flexible demain.
Le prochain chef héritera d’un budget difficile à attaquer sur la rigueur.Mais, avec cette absence de marge de manœuvre – qu’on a aussi choisie, en passant – on est davantage dans la gestion d’un éléphant dans un magasin de porcelaine que d’une course à l’hippodrome…
Il faut dire que les deux sont excitants. Mais pour des raisons différentes.
