Chemin tracé vers l’austérité
«La Confédération n’a pas de problème de recettes, elle a un problème de dépenses.» Ce mardi, lors du débat d’entrée en matière sur le «programme d’allègement budgétaire», la phrase a été martelée par la droite, telle une incantation magique. Histoire de faire passer la pilule du programme d’austérité, qui pourrait s’élever à un total de 8,5 milliards de francs de coupes sur trois ans entre 2027 et 2029 (sur un budget annuel de la Confédération d’environ 90 milliards). Issue du fameux rapport Gaillard, véritable feuille de route néolibérale, la liste de la soixantaine de mesures d’économie est débattue par le National depuis ce mardi. La gauche a réclamé en vain une non entrée en matière sur ces coupes tous azimuts.
La Confédération a-t-elle un problème de dépenses? Les comptes 2025 affichent une santé financière meilleure que prévue, avec 1,1 milliard de francs de plus qu’annoncés. Et cela n’a rien d’extraordinaire. Lors des onze dernières années, à l’exception des années Covid, les comptes de la Confédération ont à chaque fois été meilleurs que prévus, relève la RTS. Les dépenses fédérales sont stabilisées autour de 11% du PIB.
Il en va autrement des recettes. La droite s’évertue à faire baisser les impôts des plus riches, avec succès. La charge fiscale des entreprises a diminué depuis les années 90 alors que leurs bénéfices se multipliaient. Très peu taxées, les fortunes privées se concentrent elles aussi de plus en plus entre les mains d’une minorité. Elles ont atteint la somme faramineuse de 3600 milliards de francs en 2025, selon une étude publiée la semaine dernière. Quant au volume des héritages et donations transmis la même année, il se situe à 100 milliards, soit davantage que le budget de la Confédération! Pendant ce temps, 8% de la population vit sous le seuil de pauvreté. Si la redistribution fonctionne aussi mal, cela est dû à une stratégie délibérée de la droite, qui favorise le capital au détriment des travailleur·euses, les héritier·ères au détriment des plus vulnérables.
Dans ce contexte, couper dans le budget de la Confédération en évoquant un «problème de dépenses» est particulièrement révoltant. Derrière les chiffres, c’est le destin de citoyen·nes qui est touché. Sabrer dans la formation et la recherche, dans la lutte contre le dérèglement climatique, dans la coopération internationale, à l’heure où le monde est incertain, c’est faire le pari du pire. Un référendum sera nécessaire. Même si la gauche obtient quelques succès sur tel ou tel poste, cela ne doit pas l’empêcher de lutter de toutes ses forces contre un projet profondément antisocial.
