De profundis
J’ai toujours pensé qu’il y avait dans la noirceur une infinie beauté. Adolescente, j’aimais me plonger dans les sonorités de The Cure, Pornography peut-être davantage que n’importe quel autre disque du groupe. Non que je fusse attirée par la souffrance, ni que j’éprouvasse un quelconque plaisir à la cultiver. Mais j’y pressentais une invraisemblable profondeur, et la beauté qui pouvait en naître.
Lorsque la peine est apparue dans ma propre vie, pourtant, mon premier mouvement a été de la fuir. De la tenir à distance. Je ne voulais pas qu’elle existe. Peu importe ce qui m’arrivait, je devais être plus forte que la souffrance. Les conquêtes extérieures servaient à recouvrir ce que je ne voulais pas sentir. Chaque réussite ajoutait une nouvelle couche entre la douleur et moi. Il fallait travailler, accomplir, rester debout. Il fallait montrer que j’allais bien, ou du moins que rien de ce qui m’était arrivé ne parviendrait à m’abattre. Pendant un temps, cette stratégie a fonctionné. Ou plutôt, elle m’a permis de fonctionner.
Puis, avec les années, mes réussites terrestres ont commencé à prendre un goût amer. Elles ne me libéraient pas de........
