Emancipation plurielle et luttes convergentes
L’idée d’émancipation infuse maints discours désireux de transformer le monde.
Paru il y a près de dix ans sous la plume du philosophe Yvon Quiniou, Les chemins difficiles de l’émancipation nous aide à préciser l’enjeu de cette catégorie en distinguant cinq formes d’aliénation auxquelles devraient répondre autant de formes d’émancipation: historique, politique, économique, sociale et individuelle.
«Historique», d’abord. Beaucoup d’entre nous ont le sentiment que l’Histoire suit un cours erratique, difficile à appréhender et entretenant, par là, l’esprit de résignation. Or, si les êtres humains sont bel et bien déterminés au point de ne pouvoir être considérés comme des sujets omnipotents, on ne saurait nier la part d’initiative active qu’ils possèdent malgré tout.
Avec la politique au sens fort – comme instance, précisément, de liberté et de maîtrise collectives – intervient notre deuxième niveau. Quiniou situe l’origine de cette capacité pratique à la Révolution française avec l’établissement de larges droits de cité. Si l’égalité politique alors affirmée est un acquis incontestable, elle s’avère, cependant, tout à fait insuffisante: d’une part, maintes couches de la population résidente en sont exclues (femmes, étrangers établis, pauvres, etc.), d’autre part, les conditions socioculturelles (temps, fatigue, capital culturel, etc.)........
