Iran, Liban, Ukraine, Gaza: face aux idéologies mortifères, poser des questions est un acte de résistance
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Comment résister, comment ne pas se laisser emporter par le courant de la violence, de la furie mortifère? Iran, Liban, Ukraine, Gaza… Un torrent de cadavres qui gronde, de jour, de nuit, entre passé et présent, inlassablement. Dans Ukraine, la tragédie des corps sans nom, un reportage d’Anna Bernasconi, diffusé par Temps présent le 5 mars et visible sur Play RTS, ce flot des corps de soldats tués, ukrainiens et russes, pareillement méconnaissables, déchiquetés, réduits en pièces de boucherie, empaquetés dans des housses blanches, ce flot donc et, au milieu, des bénévoles au calme bouleversant qui bravent le danger pour rassembler les morceaux, étiqueter, permettre, un jour peut-être, une identification.
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Mettre un nom, crucial et dérisoire rempart à la déshumanisation. Au milieu de ce fleuve-là, Styx intarissable, dans ce silence particulier qui entoure la mort, les mots de ceux qui s’acharnent à maintenir le cap de la dignité ne désignent qu’une ennemie, la guerre, et la politique qui y conduit.
Les milliards d’écrans
Comment résister alors au flot des mots guerriers, des vociférations de la haine, de la dénonciation, de la traque, de la terreur? Enoncés avec l’aplomb du pouvoir autoritaire, de Téhéran à Minneapolis; relayés à flux constant par les ondes satellitaires, démultipliés par les milliards d’écrans de téléphone?
Alors bien sûr, il faut tendre l’oreille et ouvrir grand les yeux pour reconnaître la résistance quand elle se présente. Mais elle est là, vibrante. Il s’agit de lui faire de la place. Elle prend par exemple les traits d’Adonis, le poète dont le nom ressort chaque année pour le Prix Nobel de littérature. A 96 ans, il publie aujourd’hui un nouveau recueil, Tour Gambetta, depuis le quartier de la Défense à Paris, où il vit. Dans un entretien au Temps, il rappelle combien il faut sans cesse se mettre en état de questionner. «L’art, l’être humain, le monde sont des questions, à l’infini. Les réponses ne sont simples que dans les religions et les idéologies. Si on reste dans la réponse, on n’est plus dans le mouvement, et on meurt.»
Questionner. Par la poésie, par un dessin de presse, par un reportage télévisé, par un essai philosophique, par la fiction, par l’humour. Un grand point d’interrogation, un grand «pourquoi?» pour faire barrage aux réponses figées dans le sang.
