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Marc Weitzmann : « À la maison, les écrivains étaient des dieux »

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29.03.2026

Marc Weitzmann, l’auteur de La Part sauvage (Grasset), parle des livres comme on évoque une construction personnelle. Chez lui, la lecture n’est ni un décor ni un seul capital culturel hérité. De l’Odyssée, découvert enfant grâce à la transmission paternelle, à Philip Roth, devenu « refuge mental », en passant par Racine, Agatha Christie, Leonard Cohen ou Don DeLillo, l’écrivain dessine une autobiographie intellectuelle.

Il évoque la bibliothèque familiale, le poids paralysant de la culture dans une gauche provinciale des années 1960 et 1970, son rapport difficile à l’écriture, les années d’errance avant Les Inrockuptibles, la musique et le cinéma. Entretien.

Le Point: Vous souvenez-vous d’une œuvre qui vous a donné, enfant, le sentiment qu’il existait un monde plus vaste que le vôtre ?

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Marc Weitzmann : La toute première a dû être L’Odyssée. Un jour, je devais avoir 7 ou 8 ans, mon père a pris le volume de L’Odyssée dans son bureau et m’a lu l’épisode des Cyclopes et celui des Sirènes. Je n’ai jamais su pourquoi il a fait ça, ce n’était pas particulièrement dans ses habitudes, il était très discret sur son monde intérieur. Est-ce pour ça que ça a été un tel choc ? En tout cas je me suis mis à dévorer tous les recueils de contes et légendes grecs qui me tombaient entre les mains. J’avais eu des dialogues personnels quotidiens assez intenses avec Zeus et Athéna. J’ai même pris des cours de harpe, absurdement, parce que c’était un instrument grec.

Je me passionnais pour les îles inconnues, les combats, pour l’histoire des cités grecques, en particulier celle de Sparte, la plus cinglée, dont j’adorais les casques, les uniformes et la discipline fasciste sacrificielle. L’édition de L’Odyssée dont mon père s’est servi était la traduction de Jacottet publiée en 1959 par le club français du livre, un beau volume avec une jaquette noire en peau. La tranche du livre a disparu. La couverture tient grâce à des scotches, mais j’ai toujours le livre chez moi.

Quels étaient les autres auteurs présents dans la bibliothèque familiale ?

En plus de L’Odyssée, il y avait les classiques de la littérature de gauche et communisante des années 1960 : Spartacus, de Howard Fast, Les Aventures du brave soldat Chveïk, du pacifiste Jaroslav Hašek, Victor Hugo, Barbusse, Prévert, que mon père idolâtrait au-delà de toute raison, et un ou deux petits textes incompréhensibles de Lénine.

Il y avait aussi les coups de canif portés à l’idéologie par la sensibilité familiale : Exodus, de Léon Uris, et sa version familiale sacrée, Histoire de l’Exodus, du journaliste Jacques Derogy, qui était le frère de mon père, ainsi que les livres de Serge Doubrovsky, le cousin germain, avec sa vision aussi solaire que fausse de notre famille…

Et comme mon père était acteur dans un centre dramatique, il y avait évidemment tout Racine, Corneille, Brecht, etc. Et tous les Agatha Christie que ma........

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