Xavier Grall, le poète rebelle qui voulait réveiller la Bretagne
Au lendemain de la guerre, dans une France qui s’industrialisait et se centralisait à marche forcée sous la conduite des ingénieurs du Plan, la cause bretonne, compromise sous l’Occupation, paraissait perdue. Malgré la caution morale de Louis Guilloux et Les Fusillés de Châteaubriant de René Guy Cadou, le collaborationnisme d’une frange du mouvement nationaliste avait jeté un discrédit jugé indélébile sur la revendication identitaire, renvoyant les Bretons au folklore de Bécassine, aux dentelles et aux chansons de Théodore Botrel.
Enfin Xavier Grall vint. Du fond de la lande insoumise, la poésie rugit ; depuis les schistes de Quimperlé, le Verbe armoricain fit vaciller les certitudes de Paris et de ses guignols ; de droite ou de gauche, les riches du siècle furent frappés de stupeur. La montagne sacrée du pouvoir centralisateur, la boutique et la banque furent saisies de frayeur par un chant puissant qu’on n’avait plus entendu dans le Finistère depuis la grève des Penn Sardin de Douarnenez, en 1924. Avant la révolte musicale d’Alan Stivell, de Gilles Servat et des Tri Yann, avant la mémoire retrouvée de Pierre-Jakez Hélias dans Le Cheval d’orgueil, les glorieux coups de pédale de Bernard Hinault sur les routes d’Yffiniac et la mélancolie finistérienne de Georges Perros, il y eut la voix lyrique et solitaire de ce Commandeur, né à Landivisiau le 22 juin 1930.
Longtemps après que le poète a disparu, le volume de la collection Bouquins préparé par son ami Jean Bothorel fait réentendre son cri inconfortable. On redécouvre ses reportages, chroniques, billets d’humeur, textes de critique littéraire parus dans La Vie catholique, Bretagne Magazine, Le Monde, Témoignage chrétien. Avec François Mauriac, l’aîné auquel il a consacré un vif petit essai, Xavier Grall se voulait absolument « écrivain-journaliste ».
De ses........
