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Affaire Thélyson Orélien : « Il faut d’abord réapprendre à vivre sans IA »

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26.09.2026

L’affaire Thélyson Orélien, écrivain canado-haïtien accusé d’avoir recouru à l’intelligence artificielle pour rédiger son roman C’était ça ou mourir (Grasset), bouleverse le milieu de l’édition et ouvre une ère vertigineuse.

David Haziza*, essayiste et docteur en littérature française et comparée (dernier ouvrage paru : Mythes juifs, Calmann-Lévy, 2024), se refuse à toute hostilité de principe envers cette invention, à condition qu’elle devienne un moyen d’« approfondir » notre propre humanité, et non un outil d’asservissement. À ses yeux, cette crise offre notamment l’occasion de repenser notre rapport à la création littéraire. Entretien.

Le Point : L’affaire Thélyson Orélien, dont le roman vient d’être retiré de la liste du prix Goncourt, est-elle inédite dans notre histoire littéraire ?

David Haziza : La vie intellectuelle regorge de tels scandales. Il y a cent ans, les écrivains se battaient en duel. Si l’on pense aux accusations de plagiat visant également Orélien [pour des articles de presse et des œuvres littéraires antérieures, NDLR], c’est même un phénomène assez fréquent, et je suis pour ma part toujours prudent à cet égard : selon les standards actuels, Montaigne serait probablement considéré comme plagiaire, vu qu’il ne cite pas nécessairement ses sources et cite ou paraphrase des textes entiers.

Il y a, bien plus récemment que Montaigne, l’affaire Ouologuem [auteur, en 1968, du Devoir de violence, et accusé de plagiat, NDLR], à laquelle on a voulu comparer Orélien. En ce qui me concerne, je n’ai pas lu le roman de ce dernier, mais j’ai lu Le Devoir de violence, et c’est un livre extraordinaire. Orélien est-il aussi peu plagiaire que l’était en fait le grand écrivain malien ? Franchement, je n’en sais rien.

Cependant, j’aimerais dire une chose, moi qui ne l’ai pas lu : je trouve la curée à laquelle nous assistons assez sordide. Qu’il s’agisse de son usage supposé de l’IA ou de l’accusation de plagiat, il y a une jouissance ignoble, à laquelle pas mal de racisme est mêlé. Et puis, disons-le, cette meute n’est pas constituée de luddites qui n’useraient jamais ni de l’IA ni des réseaux sociaux ! Même Word nous suggère des mots et des tournures, police notre langage s’il est trop cru, corrige notre orthographe. Dans un monde d’intelligence d’ores et déjà très artificielle, dans un monde, surtout, où l’on ne lit plus – et, pour parler en termes politiques, où ni la gauche qui s’est trop longtemps prévalue d’être le camp des intellectuels sinon celui du bien, ni la droite qui prétend aimer la langue française, le canon, les écrivains du passé, ne lisent en effet plus –, Orélien est un bouc émissaire peut-être trop aisément trouvé.

Cela dit, que l’on cherche à discréditer le compte X à l’origine du........

© Le Point