menu_open Columnists
We use cookies to provide some features and experiences in QOSHE

More information  .  Close

Jean Rouaud : « La ferveur de ceux qui s’abîment dans la prière me bouleverse »

29 0
17.05.2026

Voici un livre qui élève. Dans La maison imaginaire (Gallimard), Jean Rouaud invite à un voyage spirituel, dans tous les sens du terme puisqu’il s’agit d’une plongée dans les textes entrelardée de commentaires désopilants de l’auteur et enrichis de rencontres de personnages contemporains qui, nous précise-t-il, « enracinent l’écriture dans la vie » .

En partant du bouddhisme, le Prix Goncourt 1990 pour Les champs d’honneur (Éditions de Minuit) nous conduit dans les méandres de la Bible au long d’un récit d’une érudition vibrionnante, jubilatoire. Si bien que nous avons voulu en savoir plus sur la vie intérieure de cet ancien kiosquier parisien devenu l’un de nos grands romanciers. Et Jean Rouaud a accepté de répondre à nos questions l’œil sur le Mont Ventoux, qu’il aperçoit depuis sa maison près de Vaison-la-Romaine, où il vit la plupart du temps quand il n’est pas à Paris.

D’où vous est venue cette idée de plonger dans les Écritures avec une telle jubilation ?

J’ai eu une enfance très catholique parce que je viens de l’Ouest, de cette Loire-Atlantique — que l’on appelait autrefois la Loire-Inférieure — et plus précisément d’une région au nord de Saint-Nazaire, vers La Roche-Bernard, qui était alors totalement imprégnée par le catholicisme. Il y avait la cure, cinq prêtres, un aumônier pour l’hôpital, un autre pour l’orphelinat. Les garçons allaient à l’école des frères, les filles chez les sœurs. Il y avait la messe, les fêtes religieuses, les confessions…

J’ai suivi ma scolarité dans un établissement religieux jusqu’en terminale. Il fallait se lever pour la prière à 6h30 tous les matins. C’est mon fond, mon socle. Mais quand je suis arrivé comme étudiant à la faculté de Nantes après 68, le refrain a changé radicalement. Il ne fallait surtout pas avouer qu’on venait d’un établissement confessionnel. On s’inventait un passé au lycée Aristide-Briand de Saint-Nazaire plutôt qu’au collège Saint-Louis. On était dans la révolution, le matérialisme, et la religion était perçue comme l’« opium du peuple ».

Mais, quand j’ai commencé à écrire, j’ai voulu raconter un souvenir d’enfance. J’ai d’abord écrit « sur les bancs de la communale ». Je me suis arrêté, me disant : « Pauvre idiot, tu n’as jamais été à la communale, tu étais à l’école des frères de Ploërmel. » Dans cet accès d’honnêteté, j’ai affronté ma propre vérité. J’ai compris que si je me privais de cet arrière-plan religieux, de cette imagerie et de ces récits si féconds, je me privais de tout mon imaginaire fondateur. C’est ce qui allait donner plus tard Les Champs d’honneur. À l’époque, affirmer ce passé religieux était un défi, c’était lutter contre l’esprit du temps.

Vous avez été tenté de vous débarrasser de cet héritage catholique ?

Dans un premier temps, oui, j’ai lutté pour........

© Le Point