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Lionel Naccache & Nathan Devers : « La transmission a été omniprésente dans notre vie de famille »

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25.05.2026

Comment se transmettent savoirs et valeurs entre un père neurologue et son fils philosophe ? Au Jardin des Plantes, à Paris, où ils nous ont donné rendez-vous dans le cadre de notre nouveau trimestriel Saisons, Lionel Naccache et Nathan Devers explorent ce qui se lègue et ce qui se réinvente. De la conscience – leur terrain commun – à l’écologie, du rapport au mouvement à celui de la religion, en passant par la question du nom que l’on porte, leur dialogue dessine les contours de leur filiation. Entretien.

Pourquoi nous avez-vous donné rendez-vous au Jardin des plantes ?

Nathan Devers : J’associe cet endroit aux promenades familiales de mon enfance. Les jardins urbains, et celui-ci en particulier, constituaient le lien que j’avais, petit, avec la nature. Ce que j’adore dans le Jardin des plantes, c’est qu’il condense des beautés du monde entier. Entre la végétation asiatique, africaine, américaine ou européenne, on a l’impression de parcourir le monde. Je ne suis ni orientaliste, ni dans le romantisme d’un ailleurs fantasmé, mais j’adore l’idée d’un lieu qui, sans sortir de lui-même, condense l’universel.

Lionel Naccache : C’est un lieu que j’aime aussi depuis longtemps pour son entrelacement de la nature avec la culture. Les allées de platanes, les squelettes de dinosaures, les mammifères marins – aujourd’hui disparus –, les serres métalliques, la coupe du tronc de séquoia géant sur lequel de petites étiquettes indiquent les grandes dates de l’Histoire humaine… Moi puis Nathan avons aussi étudié dans le quartier, et je déambule encore souvent dans le Jardin lors de mes trajets entre la Salpêtrière et le campus de Jussieu. J’ai d’ailleurs découvert, il y a peu, son slogan officiel : « La transmission comme tradition ». Nous sommes au cœur du sujet en nous y retrouvant.

Allons donc au cœur de ce sujet, que vous êtes-vous attaché à transmettre à votre fils ?

L. N. : Votre question éveille en moi une sorte de paradoxe. D’un côté, j’ai l’impression de ne pas avoir poursuivi d’objectif de transmission. De l’autre, il me semble que la transmission a été omniprésente dans notre vie de famille et notre relation : à travers l’affection et l’amour, l’explicitation et la verbalisation attentive de valeurs, notre rapport au monde, aux autres, notre attachement presque sans limites au sens des choses…

En réalité, ce paradoxe n’en est pas un : si transmission il y a, elle ne repose pas uniquement sur « ce que l’on s’attache à transmettre », mais aussi sur la démarche volontaire de celui qui la reçoit, en l’occurrence sur la manière qu’a eue Nathan de faire siennes les valeurs que nous lui avons inculquées et de les incorporer à cette œuvre de transmission toujours en cours.

Je crois néanmoins, avec humilité, que nous maîtrisons très peu de choses en la matière, tout au plus pouvons-nous être soucieux de ne pas être délétères. Cette « trans-mission impossible » mobilise d’ailleurs en nous un surcroît d’implication qui fait tout son sel. Elle suppose aussi l’idée d’une co-construction, d’une remise en question permanente, et l’invention – ensemble – de chemins dont nous découvrons au fur et à mesure vers où ils nous emmènent.

N. D. : Je dirais, en écho à ce qu’exprime mon père, que l’éducation de mes parents a été un mélange de confiance et d’exigence. Ils m’ont toujours laissé extrêmement libre de mes choix, mais ils n’ont jamais montré de complaisance vis-à-vis de ce que je pouvais faire, parce qu’émanait d’eux une exigence démesurée sur le plan moral. Il leur était, par exemple, impossible que je me comporte mal vis-à-vis d’autrui, dans l’action, dans la pensée, et même dans l’arrière pensée ! Les parents nous sont, certes, imposés par l’existence, mais si j’avais eu à le faire, j’aurais choisi exactement ceux qui sont les miens.

Vous avez chacun embrassé des carrières très différentes. Y trouvez-vous des correspondances ?

L. N. : C’est vrai, il y a, au premier regard, peu de choses communes entre un père scientifique et médecin, et un fils philosophe. Mais un premier pont nous relie déjà : mes recherches sont consacrées à la conscience, ce qui m’a depuis longtemps conduit à fréquenter en amateur plein d’assiduité la philosophie de la conscience et de la subjectivité. De son côté, Nathan est l’auteur d’une thèse de philosophie sur la conscience, et propose une nouvelle approche de la question esprit/cerveau. Cette aventure, qui l’a conduit à se familiariser avec l’univers des neurosciences et de la neurologie, nous a d’ailleurs permis de prolonger et d’enrichir notre........

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