Quand l’université américaine finit dévorée par ses propres dogmes
La maturité, paraît-il, est une école de la résignation. Plus le temps passe, et rétrécit l’avenir, plus il faudrait apprendre à renoncer, choisir ses guerres, ne plus s’empaler comme le dernier des bouledogues sur des entreprises vouées à l’échec dès l’œuf. Mais l’esprit insiste, persévère à croire possible la surprise – sans doute est-ce aussi de cela que le progrès est fait.
Prenez cette manie qu’ont nos congénères de fourbir les armes qui finiront par les abattre. Sur le moment, ils n’y voient évidemment aucun danger. Ils parlent d’émancipation, de justice, de changement de paradigme, de tous ces trucs qui gonflent les poumons et rosissent les joues lorsqu’on se croit du meilleur côté de l’Histoire. Jusqu’au jour où l’engin change de main et révèle, ô surprise, que les camps n’étaient pas si docilement rangés.
Recul de l’objectivité
Soit à peu près l’histoire racontée par un rapport rendu public en juin et consacré à l’état des sciences humaines et sociales aux États-Unis. Signé par dix prestigieux universitaires – dont le philosophe Kwame Anthony Appiah et l’anthropologue Joseph Henrich –, il est avant tout à saluer parce qu’il délaisse les grands axes d’une........
