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Ann Widdecombe : « Personne n’a le droit de vivre à l’abri de l’offense »

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17.07.2026

En juillet 2019, l’Oxford Union – prestigieuse société de débat de l’université d’Oxford – consacrait l’une de ses séances à la question de la censure et des limites de la liberté d’expression en soumettant à ses membres une motion emblématique des guerres culturelles contemporaines : « Cette Assemblée soutient le fait de priver certains orateurs de tribune » ; elle sera rejetée par 224 voix contre 49.

Invitée à défendre une ligne résolument libérale, Ann Widdecombe, ancienne ministre conservatrice et figure du débat public britannique, y prononçait un discours nourri de références historiques et d’expériences personnelles. Évoquant aussi bien l’Angleterre de l’après-guerre que la guerre froide, elle y soutenait l’idée que la liberté d’expression doit absolument prévaloir, y compris face aux propos jugés offensants ou extrêmes, et mettait en garde contre les nouvelles formes de régulation sociale du discours. Nous retranscrivons et traduisons ici l’intégralité de son discours.

« Bonsoir, Oxford Union ! Me voici revenue là où tout a commencé, il y a cinquante ans. Et savez-vous quel était le sujet du tout premier discours ? La censure… plus ça change, plus on en revient toujours au même.

Ce soir, l’enjeu est crucial. Parce que nous ne sommes pas seulement dans un bon vieux débat du jeudi. Il fut un temps où ce qui se décidait ici avait des répercussions dans le monde entier – notamment lorsque cette Assemblée déclara qu’elle ne se battrait ni pour le roi ni pour le pays, offrant ainsi bien du réconfort à un régime particulièrement odieux. Il est donc essentiel que, ce soir, cette Assemblée – bastion de la liberté, institution historique de grand renom, depuis toujours vouée à la défense de la liberté d’expression – ne fasse pas volte-face en se prononçant en faveur de la censure. Le débat qui nous réunit ce soir est d’une importance capitale.

C’est non sans émotion que je prends la parole ce soir. Mon enfance, je l’ai vécue dans l’immédiat après-guerre, quand tant avaient perdu un fils, un mari ou un père, tué par les nazis. D’autres avaient été mutilés et resteraient invalides jusqu’à la fin de leur existence. D’autres encore n’avaient plus de maison. Et toutes ces pertes, tous ces gens le devaient à un régime abject appelé le national-socialisme. Pourtant, dans ce pays, à cette même époque, Oswald Mosley, Colin Jordan et d’autres « charmants personnages » du même acabit avaient........

© Le Point