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Un carburant à préjugés : quand l’antiracisme produit l’effet inverse

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03.09.2026

Et si, à force de vouloir combattre le racisme, on finissait par aggraver le problème ? Je sais l’impression que cette question peut donner. Mais laissez-moi m’expliquer. Aux États-Unis, les crimes haineux ont explosé au cours des quinze dernières années, visant les Noirs, les Juifs, les personnes LGBTQ, les Arabes, les Latino-Américains – bref, à peu près tous les groupes protégés que l’on puisse citer. La même tendance se dessine chez moi, au Canada, malgré notre réputation de peuple gentil… et chiant comme la pluie. Les causes sont évidemment multiples, mais je ne peux m’empêcher de me demander si le virage vers un antiracisme plus agressif ne serait pas un facteur.

Et je ne dis pas cela par simple « antiwokisme ». Sachez que je me suis tourné vers la psychologie sociale précisément pour contribuer à réduire les préjugés, et ma thèse portait sur l’expérience éducative des groupes marginalisés. Autant dire que la diversité me tient à cœur. Sauf que les recherches que j’ai menées depuis une dizaine d’années indiquent que les méthodes coercitives de lutte contre les préjugés peuvent, en réalité, se retourner contre leur propre objectif.

Les approches traditionnelles de lutte contre le racisme, fondées sur la non-discrimination et l’idéal d’une société « aveugle à la couleur de peau », ont peu à peu cédé la place à une conception plus offensive, plus militante. Et ce nouvel antiracisme aura exigé un engagement actif : il ne suffisait plus de s’abstenir de tout préjugé, il fallait s’employer à les démanteler afin que toutes les populations soient plus équitablement choyées par l’existence. Car qu’on me comprenne bien : le racisme systémique est un phénomène réel, et demeure profondément enraciné dans notre société.

Reste qu’en cours de route, quelque chose a changé, et je me suis retrouvé de plus en plus souvent en porte-à-faux avec l’antiracisme contemporain. Le ton s’est durci, la dissidence est devenue moins tolérée. Certaines méthodes destinées à faire reculer les préjugés se sont mises à reposer de plus en plus sur la dénonciation publique et la pression sociale, jusqu’à prendre une tournure coercitive et à ne presque plus laisser de place à l’erreur ou au pardon. C’est là que le mouvement m’a perdu. Et s’il peut perdre quelqu’un qui enseigne la question des préjugés depuis quinze ans, imaginez l’effet qu’il peut avoir sur le commun des mortels.

Contraindre ou convaincre

Comment en suis-je arrivé là ? Les recherches que j’ai menées il y a plus de dix ans avec mes anciennes étudiantes Lisa Legault et Jennifer Gutsell, aujourd’hui toutes deux professeures titulaires, apportent quelques éléments de réponse. En 2011, nous avons publié une étude sur la réduction des préjugés. Nous voulions savoir s’il était possible de les faire reculer en s’appuyant sur les motivations propres des individus, plutôt qu’en cherchant à les contraindre.

Nous avons donc conçu deux brochures pour une nouvelle initiative menée sur le campus. La première, fondée sur la motivation intrinsèque, invitait les participants à réfléchir à ce que la diversité pouvait leur apporter personnellement. Elle insistait sur le libre choix et expliquait pourquoi il pouvait être important – et bénéfique à titre individuel – de lutter contre les préjugés. La seconde, fondée sur la motivation extrinsèque, reprenait au contraire le discours alors dominant sur les campus, à la fin des années 2000. Elle enjoignait aux participants de « lutter contre les préjugés » et de se conformer aux normes sociales les poussant à réprimer leurs réflexes stéréotypés, avec des formules comme « éradiquer le racisme » ou « mettre fin aux préjugés ». Un troisième groupe, qui ne recevait aucune brochure, nous servait de groupe témoin.

Nous avons ensuite mesuré les attitudes anti-Noirs........

© Le Point