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Chaleur mortelle : pourquoi l’Europe refuse encore la clim

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26.06.2026

Petite devinette : sur quel continent meurt-on le plus de la chaleur, rapporté à la population ? Réponse : très loin devant les autres, c’est l’Europe qui décroche ce titre peu enviable. Pour le seul été 2022, plus de 61 000 Européens ont succombé à la canicule.

Au cas où vous auriez quelques lacunes en géographie : non, l’équateur ne traverse pas Bruxelles. Grâce à sa latitude septentrionale, l’Europe connaît en réalité moins de journées de chaleur extrême que quasiment toutes les autres régions habitées de la planète. Comment peut-elle, dans ces conditions, afficher le pire bilan en matière de mortalité liée à la chaleur ?

Une partie de l’explication tient évidemment à la démographie. L’Europe possède l’une des populations les plus vieilles du monde, et les personnes âgées sont beaucoup plus vulnérables aux températures élevées. Sauf que l’âge n’explique qu’une faible part de l’écart. On compte aussi beaucoup de cheveux blancs aux États-Unis et davantage encore au Japon. Pourtant, dans ces deux pays, le risque de mourir de la chaleur reste nettement plus faible.

Le continent qui meurt de chaud

La véritable explication tient dans ces cinq syllabes sur lesquelles l’Europe détourne obstinément les yeux : cli-ma-ti-sa-tion. Sur l’ensemble du continent, seuls 20 % environ des foyers disposent d’un système de climatisation, contre près de 90 % aux États-Unis et plus de 90 % au Japon.

Quiconque doute du lien de causalité peut se tourner vers les archives historiques. L’économiste Alan Barreca a montré qu’aux États-Unis, le risque de mourir lors d’une journée de chaleur extrême a chuté d’environ 75 % au cours du XXe siècle – une baisse qui accompagne la diffusion massive de la climatisation après 1960.

Au Texas, où les températures estivales dépassent allègrement et régulièrement les 40 °C, les risques de succomber à des températures caniculaires sont à peine supérieurs à ceux d’un jour ordinaire. À Paris ou Amsterdam, en revanche, où les autorités déclenchent l’alerte canicule dès un modeste 27 °C, le risque est nettement plus élevé.

Et la chaleur ne frappe pas seulement les personnes âgées. Pour chaque degré au-dessus de 25 °C, nos performances cognitives diminuent d’environ 2 %. Quand les synapses ralentissent, l’activité économique finit, elle aussi, par virer léthargique. Lee Kuan Yew, l’architecte du Singapour moderne, s’est un jour vu demander le secret du miracle économique de cette cité-État tropicale. Sa réponse tenait, aussi, en nos cinq syllabes. Dans la climatisation, il voyait l’une des grandes inventions de l’histoire. En gardant la chaleur à........

© Le Point