« Il faut investir dans l’IA comme hier dans l’atome »
«C’est très cher. » Le général de Gaulle aimait rapporter la réaction de Khrouchtchev lorsqu’il lui annonça, à Rambouillet en 1960, le succès de la bombe atomique française. « Mon récit n’a provoqué aucune réaction de la part de mes interlocuteurs, sauf celle-ci : “Ah oui ! C’est très cher !” Même pour les Américains, même pour les Russes. […] Mais pour nous, face à ces visées impériales, c’est le prix de l’indépendance. » Soixante-cinq ans plus tard, quatre trentenaires reprennent l’argument au mot, en remplaçant « atome » par « intelligence artificielle ».
Dans une note publiée par Le Grand Continent, les hauts fonctionnaires Raphaël Doan et Tristan Claret-Trentelivres, ainsi que les ingénieurs Victor Storchan et Aymeric Roucher, chiffrent ce que coûterait un véritable sursaut de souveraineté en matière d’IA : 620 milliards d’euros sur trois ans, pour bâtir un laboratoire capable de rivaliser avec les géants américains.
Très cher, donc. Mais chiffré et précis. Avec cette « Opération Prométhée », du nom du titan qui déroba le feu pour le donner aux hommes, ils appellent les candidats à la présidentielle de 2027 à un sursaut français. Entretien avec Raphaël Doan, l’un des auteurs.
Le Point : 620 milliards d’euros sur trois ans. Avec notre niveau de dette, êtes-vous devenus fous ?
Raphaël Doan : C’est à la hauteur de la révolution qui vient. La dépendance à l’IA va devenir comparable à la dépendance énergétique. De la même manière que certains pays se sont retrouvés étranglés en perdant l’accès au gaz russe après l’invasion de l’Ukraine, dans dix ans, une part considérable de notre économie reposera sur l’accès aux modèles d’IA. Celui qui contrôle ce flux – et tout indique que ce seront les Américains – peut désactiver l’économie d’un pays en un jour, ou du moins l’en menacer. Et même s’ils ne nous en limitaient pas l’accès, veut-on que l’automatisation de nos métiers se fasse exclusivement par des services américains ? Veut-on d’un monde où les États-Unis nous fournissent des générations périmées de modèles pendant que les secteurs critiques de leur économie ont accès aux plus avancés ?
Et comment trouver 620 milliards........
