Papa est enceinte ! L’étrange syndrome de la couvade masculine
Comme toutes les semaines, le chercheur en psychologie Jesse Bering décortique des travaux scientifiques sur la sexualité.
La grossesse peut assurément mettre le corps et les nerfs à rude épreuve. Fatigue écrasante, dégoûts alimentaires, vomissements et autres réjouissances gastro-intestinales, ventre démesurément gonflé, mal de dos, problèmes dentaires, insomnie, irritabilité, sautes d’humeur : un véritable grand huit hormonal. Et encore, je ne parle ici que des futurs pères – autrement dit, des hommes dont la partenaire est enceinte. Enfin, de certains d’entre eux.
Les estimations varient à un point frôlant le comique – de 11 % dans certaines études à 97 % dans d’autres – si bien qu’on ignore encore à peu près combien d’hommes sont touchés par ce qu’on appelle le syndrome de la couvade. Le phénomène, élégamment surnommé « grossesse nerveuse », est pourtant observé dans le monde entier, abondamment documenté et, apparemment, loin d’être exceptionnel. Inutile, j’imagine, d’expliquer à des lecteurs français l’étymologie assez parlante du terme, apparu pour la première fois dans la littérature anthropologique au milieu du XIXe siècle.
Ce n’est toutefois que depuis quelques décennies que chercheurs et médecins ont commencé à prendre la chose réellement au sérieux. On comprend pourquoi : lorsqu’un homme se plaint de symptômes de grossesse, la réaction la plus spontanée consiste généralement à lui accorder toute la compassion et le respect qu’il mérite – c’est-à-dire, probablement, ceux que vous êtes en train de lui témoigner en lisant ces lignes.
Ces hommes ne sont pourtant pas délirants. Ils ne s’imaginent pas enceints – rien à voir avec les questions transgenres, si la pensée vous avait traversé l’esprit –, ne simulent pas leurs symptômes, et ceux-ci ne sont pas nécessairement le pur produit de leur imagination. C’est pourquoi des expressions fourre-tout comme « grossesse par sympathie » ou « troubles psychosomatiques » ne rendent sans doute pas tout à fait justice au phénomène. Comme le montre un article récent publié dans le Journal of Psychosexual Health par le chercheur en médecine polonais Krystian Wdowiak et ses collègues, l’affaire est un peu plus… compliquée.
Quand papa a la nausée
Soyons francs : les données sur le syndrome de la couvade restent assez disparates. Mais plusieurs études menées auprès de populations masculines très différentes permettent tout de même de dégager quelques constantes. Les symptômes sont généralement répartis en deux catégories : « somatiques » – autrement dit physiques – et « psychologiques ». Dans la première, les troubles gastro-intestinaux et les douleurs dentaires arrivent en tête, suivis de près par les nausées et la perte d’appétit. Côté psychologique, c’est l’anxiété qui décroche la palme.
Avec, évidemment, toutes........
