Le sexe rend-il stupide ? Ce que l’excitation fait au cerveau
Comme toutes les semaines, le chercheur en psychologie Jesse Bering décortique des travaux scientifiques sur la sexualité.
Pourquoi tant d’hommes laissent-ils leur désir prendre les commandes au point de mettre leur bon sens sur la banquette arrière ? La question est probablement aussi vieille que les pénis qui n’en font qu’à leur tête – et certainement bien antérieure à l’invention de la douche froide. Mariages pulvérisés, enfants conçus hors mariage, amitiés sacrifiées : ce ne sont encore que les dégâts les plus bénins de décisions prises avec une érection à la place du cerveau. Dans les cas moins amusants, l’histoire peut se terminer par une peine de prison et une inscription au registre des délinquants sexuels.
Il y a quelques années, j’ai quitté ma Nouvelle-Zélande pour San Diego, en Californie, où l’on m’avait invité à prononcer le discours d’ouverture de la conférence annuelle de l’Association pour le traitement des auteurs d’abus sexuels (ATSA). L’invitation faisait suite à la parution de mon livre, Pervers : Nous sommes tous des déviants sexuels !, un ouvrage de vulgarisation consacré aux recherches et aux théories sur ce territoire délicat qu’est la sexualité dite « déviante ».
Devant moi se trouvait un public qui, professionnellement parlant, avait vu passer à peu près tout ce que la nature humaine peut produire de plus sombre : psychologues criminels, travailleurs sociaux, agents pénitentiaires, psychiatres, thérapeutes, avocats, juges et autres spécialistes côtoyant régulièrement des délinquants sexuels. J’avais pourtant choisi de leur parler d’une question étonnamment peu étudiée, et dont l’intitulé avait au moins le mérite d’aller droit au but : « L’envie de sexe nous rend-elle bêtes ? »
Quand « L’Insolent » prend le pouvoir
Vu l’ampleur des enjeux en matière de violences sexuelles, on pourrait s’attendre à ce que les chercheurs se soient depuis longtemps jetés sur une question aussi élémentaire : que devient notre capacité de jugement lorsque nous sommes excités ? Eh bien, pas vraiment. Les travaux empiriques sur le sujet restent étonnamment maigres. Et, plus surprenant encore, à ma connaissance, presque personne n’a tenté d’intégrer les quelques résultats importants dont nous disposons aux stratégies de prévention ou à la pratique clinique. La plupart des professionnels assis devant moi ce jour-là n’avaient d’ailleurs jamais entendu parler des études que je leur ai présentées – celles-là mêmes que je vais maintenant vous détailler.
Car le sexe et la stupidité ont une longue histoire commune.
Dans le célèbre manuel sexuel arabe du XVe siècle, La Prairie parfumée où s’ébattent les plaisirs, le pénis porte même un nom : El Bessis, « L’Insolent ». Et pour cause. « Il a reçu ce nom », traduisait l’anthropologue Richard Burton, « car dès l’instant où il devient raide et long, il ne se soucie plus de personne, soulève impudemment les vêtements de son maître en dressant fièrement la tête, et le fait rougir de honte alors que lui-même n’éprouve aucune honte. » Difficile de trouver meilleur résumé de quelques millénaires de psychologie masculine.
Georges Bataille en a donné une version autrement plus sombre dans L’Histoire de l’œil. Un prêtre, qui vient de se laisser entraîner dans une orgie suffisamment débridée pour impressionner même les amateurs les plus endurcis, retrouve soudain ses facultés morales au moment précis où son excitation retombe. « Il avait les couilles vides et son crime le décomposait », écrit Bataille. « On l’entendit gémir : – Misérables sacrilèges…. »
Le désir entre au........
