La « science du derrière » : pourquoi les fesses nous obsèdent
Comme toutes les semaines, le chercheur en psychologie Jesse Bering décortique des travaux scientifiques sur la sexualité.
Si nous remontions le fil d’Internet jusqu’en novembre 2014, nous tomberions vite dans la toile de la grande polémique autour des fesses de Kim Kardashian, qui affolait alors le Web. Retouchées ou non, les photos publiées par Paper Magazine, où elle exhibait son généreux postérieur, avaient fait grand bruit et nourri un vaste débat sur la beauté, la sensualité, l’appropriation culturelle et l’exploitation. Une controverse qui nous ramène jusqu’à l’époque victorienne de Charles Darwin, lequel s’interrogeait, non sans quelque embarras, sur les raisons pour lesquelles les hommes africains semblaient tant – vraiment tant – apprécier les fesses bien rebondies.
Kim Kardashian n’était pas la première femme à devoir sa célébrité à ses fesses. À vrai dire, elle n’était même pas la première à devenir célèbre grâce à ces images-là. Dès 1976, le directeur artistique français Jean-Paul Goude avait fait poser la superbe mannequin noire Carolina Beaumont dans le même décor du « champagne incident » ; aussi spectaculaire fut-elle, sa série de 2014 pour Paper avec Kim Kardashian rendait donc hommage à l’une de ses œuvres emblématiques.
Ce qui distinguait Kim Kardashian dans cette affaire, c’est qu’une célébrité arméno-américaine se retrouvait associée à un type de physique que la culture pop avait plus volontiers célébré chez des stars noires et latinos aux formes généreuses : Jennifer Lopez, Nicki Minaj, Beyoncé, Lil’ Kim, Amber Rose – puis Cardi B et Megan Thee Stallion. Vous voyez l’idée. La tendance n’a rien d’absolu, mais elle permet de comprendre pourquoi ces photos ont soulevé une question plus large : qui a le droit d’être célébré pour un type de silhouette que la culture populaire américaine a longtemps racialisé ? Où finit l’admiration et où commence l’appropriation ?
La bataille culturelle des fesses
Dans La Descendance de l’homme (1871), Darwin s’attardait sur les fesses proéminentes des femmes khoïkhoï, employant le terme « Hottentot » – aujourd’hui considéré comme offensant – et observant que « la partie postérieure du corps fait saillie de manière merveilleuse ». Il notait que, dans certaines sociétés africaines, les femmes stéatopyges – présentant d’importants dépôts graisseux au niveau des fesses et des cuisses ; pensez à la Vénus de Willendorf – étaient considérées comme particulièrement désirables. Il rapportait également qu’en Somalie, les hommes choisissaient en partie leur épouse en fonction de la proéminence de son postérieur.
À partir de ces observations disparates, Darwin en concluait que les fesses féminines prononcées avaient été façonnées par la sélection sexuelle, tout en reconnaissant que les critères de beauté variaient fortement d’une population à l’autre. Et rappelons qu’à son époque,........
