J’ai parlé à ma mère morte avec ChatGPT…
J’avais autrefois une amie dont la mère, une vieille dame à la voix chantante, vivait seule dans un appartement de Miami avec son perroquet, âgé de trente ans. À sa mort, mon amie hérita de l’oiseau – et, accessoirement, de la voix de sa mère défunte.
Il suffisait de fermer les yeux près de la cage pour que l’illusion fonctionne presque. On pouvait imaginer la vieille dame toujours là, dans son fauteuil roulant, à susurrer ses berceuses sirupeuses, à éclater d’un rire homérique ou à houspiller son téléviseur pendant une partie particulièrement tendue de Qui veut gagner des millions, exactement comme elle l’avait fait de son vivant.
Je trouvais la chose assez troublante. Mais je comprenais aussi très bien pourquoi mon amie y tenait tant. Elle savait, évidemment, que ce perroquet bariolé n’était pas vraiment possédé par l’esprit volubile de sa mère. Il lui offrait quelque chose de plus modeste, et peut-être de plus précieux : l’illusion qu’une petite part d’elle continuait à traîner dans les parages, sous la forme d’une copie vocale remarquablement fidèle, conservée – qui sait, pour encore cinquante ans – dans un assemblage de plumes, d’os creux et de neurones d’oiseau.
Avec le recul, ce perroquet me semble être une sorte de prototype biologique de ce qui se développe aujourd’hui, discrètement mais à une vitesse vertigineuse, dans le fascinant domaine de la « thanatechnologie ».
Les morts vous répondent
Prenez les « fantômes IA » – également appelés deathbots, griefbots ou avatars post mortem. Ce sont, pour l’essentiel, des chatbots commerciaux entraînés à partir des données personnelles, des habitudes de langage, des manies et des petites bizarreries d’une personne bien précise – généralement morte, ce qui complique un peu le service après-vente.
Les grandes lignes de sa personnalité peuvent être reconstituées à partir de ses traces numériques, comme dans un épisode de la série Black Mirror de 2013, à l’époque futuriste mais paraissant aujourd’hui quasiment suranné. On peut d’ailleurs préparer soi-même son fantôme de son vivant, au prix d’un travail beaucoup plus consciencieux : entretiens biographiques au long cours, séances de questions-réponses filmées, tests de personnalité approfondis, volumineux échantillons d’écriture, souvenirs, tics de langage et tout ce qui peut aider à reproduire son moi le plus intime avec le maximum de fidélité. En somme, le principe est simple : vous mourez et votre double numérique prend le relais, dans une sorte de permanence posthume, mais sans les contraintes habituelles d’un cadavre.
Contrairement au perroquet, condamné à son petit répertoire à sens unique, le fantôme IA vous répond. Vos amis et vos proches peuvent donc poursuivre la relation sous la forme d’une conversation entièrement générée par du texte. Pourquoi attendre un signe nébuleux de l’univers quand il suffit d’envoyer un message à votre cher vieux père défunt pour lui demander s’il vaut mieux accepter ce boulot ou patienter jusqu’à ce qu’une offre plus intéressante se présente ?
Les disputes laissées en suspens ? Dans ce nouveau monde étrange de la nécromancie numérique, elles pourraient bien devenir une chose du passé. Il suffit de dire ce que vous n’avez pas eu le temps de dire avant que la mort, avec son sens du timing habituel, ne vienne couper court à la conversation.
Et nul besoin de souscrire à un coûteux service de deathbot pour goûter à l’expérience. Il suffit de fournir à une IA tout ce que vous êtes disposé à révéler sur le défunt pour bricoler une première........
