Au village, sortir le soir pour « prendre le frais » !
Ils se réunissaient à la nuit tombée, toujours au même endroit depuis plusieurs générations, à cause du courant d’air qui rafraîchissait une venelle, du petit canal qui descendait de la fontaine, du parapet idéalement situé, des carillons de verdure qui tombaient d’une vigne vierge, d’une glycine, d’un chèvrefeuille ou d’un jasmin. Ils arrivaient nonchalants, silencieux, attendus, car ils se comptaient, avec une chaise ou un pliant, un petit coussin en mousse, un plaid effiloché.
Les femmes, souvent âgées et en deuil de leurs propres vies, portaient pour la plupart des vêtements noirs, des tabliers à pois. Les hommes portaient des débardeurs avec, parfois, les cercles concentriques que dessinait, sur leur torse ou dans leur dos, le sel de la transpiration. Ils chaussaient des Pataugas ou des espadrilles déformées par les cors. Dans la cuisine qui sentait un peu la suie, l’ail, la tomate et le savon de Marseille, avant de sortir, ils se passaient parfois du vinaigre sur les paupières pour atténuer la brûlure du soufre employé dans les vignes au petit matin. Cette brûlure qui descend dans les yeux au moment de la sieste, cette odeur de poudre qui imprègne la peau, ces volutes montant dans le ciel jaune, à flanc de garrigue,........
