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Affaire Jason Arday à Cambridge : mention très bien en aveuglement

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11.08.2026

L’affaire Jason Arday, ce professeur de Cambridge qui vient de démissionner après un scandale mêlant plagiat, inventions et CV gonflé, a fait tomber quelques squelettes du placard académique occidental. En 2023, à 37 ans, Arday était devenu le plus jeune professeur noir de l’université de Cambridge, après sa nomination à une chaire de sociologie de l’éducation. Il avait obtenu son doctorat à l’université John Moores de Liverpool en 2015. Fils d’immigrés ghanéens, élevé dans une cité HLM de Clapham, il racontait avoir surmonté l’autisme et d’autres handicaps qui l’auraient empêché de lire et d’écrire jusqu’à l’âge de dix-huit ans.

Et ce n’était qu’un début. À son palmarès figuraient aussi 5,5 millions de livres sterling récoltés pour des œuvres caritatives et des ultra-marathons disputés au plus haut niveau international. Son ascension dans l’université britannique fut fulgurante, les honneurs à l’avenant : distinctions en série, invitations, reconnaissance institutionnelle, jusqu’à quatre diplômes honorifiques décernés par des universités britanniques. Arday n’incarnait pas seulement une réussite académique, il était la coqueluche de l’enseignement supérieur britannique.

Las, l’étincelant récit s’est depuis fracassé, et ses débris, coupants et pointus, sont partis loin. Arday est aujourd’hui visé par une série d’accusations solidement étayées : plagiat de larges passages de sa thèse de doctorat, fausses plaintes pour harcèlement, falsification de données, postes de professeur invité inventés, sans compter plusieurs histoires pour le moins fantaisistes sur son parcours et ses exploits.

Dans un premier temps, Cambridge avait volé à son secours, dénonçant dans ces révélations une « campagne nauséabonde visant à saper sa crédibilité ». Une position désormais difficile à tenir : l’université a donc accepté sa démission et annoncé, non sans réticence, l’ouverture d’une enquête sur ses travaux et certains éléments de son parcours.

La fabrique de l’indulgence

Le cas Arday n’est que la manifestation la plus spectaculaire d’un mal qui ronge l’université contemporaine dans le monde anglo-saxon, et gagne désormais bien au-delà. J’ai passé plusieurs décennies, comme étudiant puis comme professeur, dans différentes universités aux États-Unis et en Allemagne. Toutes, bien entendu, affichaient un engagement résolu en faveur de la « diversité » – bientôt complétée par l’« équité » et l’« inclusion ». Le mot figurait en bonne place dans les brochures de présentation et irriguait les déclarations de mission. L’une des priorités de l’appareil administratif chargé de ces questions était la « rétention » : autrement dit, éviter que les étudiants ne décrochent.

Dans les universités américaines, il ne suffisait pas d’admettre une proportion d’étudiants noirs à peu près équivalente à leur poids dans la population – environ 13 %. Encore fallait-il qu’ils aillent jusqu’au diplôme. Or ils abandonnaient leurs études plus souvent que les étudiants d’autres groupes : seuls 40 % obtenaient leur diplôme dans les six années suivant leur inscription. Si, au bout du compte, à peine 5 % des diplômés étaient noirs, les associations de défense et les fondations ne manquaient pas de réagir.

C’est là qu’entrait en scène l’art délicat de la « rétention ». Dès le départ, l’université s’efforce de repérer les étudiants en difficulté – tout particulièrement ceux........

© Le Point