St-Louis et Payare, deux grands chefs!
Contrairement à un entraîneur de hockey, un chef d’orchestre ne change pas souvent de club. Les musiciens, encore moins.
Et rares sont les entraîneurs qu’on renouvelle pour cinq ans, ce que l’Orchestre symphonique de Montréal vient de faire avec son chef Rafael Payare. Quant aux musiciens, ils bougent encore moins que les joueurs de hockey. La plupart du temps, ils sont à leur poste jusqu’à la retraite, ce que ne peuvent espérer même les meilleurs hockeyeurs.
Enfin, rares sont les entraîneurs et les chefs, si bons soient-ils, qui font l’unanimité chez les joueurs. Charles Dutoit, par exemple, sûrement le chef le plus compétent qu’ait eu à sa tête l’Orchestre symphonique, n’a fait verser aucune larme lors de son départ en 2002, après 25 ans au podium.
Dernière comparaison, en 2022, l’OSM et sa directrice générale, Madeleine Careau, ont pris avec Rafael Payare le même risque que le Canadien et leur directeur Kent Hughes avec Martin St-Louis, l’un et l’autre n’ayant guère d’expérience comme « chefs ». On a « signé » St-Louis pour trois ans auxquels on a vite ajouté deux années supplémentaires et l’OSM a signé Payare pour cinq ans, auxquels on vient d’ajouter cinq autres années.
Ah ! la fameuse coupe
St-Louis remportera-t-il la coupe et la série contre Tampa Bay ? On le souhaite tous. C’est un peu la coupe qu’a remportée Rafael Payare, mercredi et jeudi derniers, pour son dernier concert de la saison. Un concert fougueux et exubérant qui a valu à l’orchestre une ovation qui durerait encore si les musiciens n’avaient pas fini par capituler !
Quoi qu’il arrive, St-Louis a transformé le Canadien. Payare, lui, a métamorphosé l’OSM. Sous sa baguette, l’orchestre a pris des couleurs qu’on ne lui avait jamais vues. Il a rajeuni, il est devenu vibrant et passionné, fougueux quand il le faut, cajoleur, sensible et presque attendrissant si nécessaire. Payare ne dirige pas son orchestre à la baguette, il mime la partition comme s’il était Marcel Marceau. De la première mesure à la dernière, il joue la partition de son corps et de tous ses membres avec la fougue d’un champion boxeur.
Création de Denis Gougeon
Le compositeur québécois Denis Gougeon n’aurait pu laisser sa dernière création, intitulée La traversée, une œuvre délicate, d’une belle maturité, intelligente et expressive, entre meilleures mains que celles de Payare. Bruce Liu, le pianiste né à Paris qui a grandi à Montréal et que s’arrachent les grands orchestres, m’a fait presque aimer le concerto pour piano no 1 de Tchaïkovski, joué beaucoup trop souvent. Quant au Sacre du printemps, de Stravinsky, il risque fort avec Payare de devenir la pièce emblématique de l’OSM, comme Le boléro de Ravel avec Dutoit.
Cinq années de plus avec Rafael Payare, c’est le plus beau cadeau que pouvait nous faire l’OSM.
