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Le piège de l’illusion de la libération iranienne

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02.03.2026

La mort d’Ali Khamenei sous des frappes israélo-américaines ne serait pas, en soi, la fin d’un régime. Ce serait peut-être seulement la fin d’un homme. Or, les régimes autoritaires ont ceci de redoutable qu’ils survivent à leurs visages.

La République islamique n’est pas qu’un guide suprême. C’est une architecture : les Gardiens de la révolution, les réseaux économiques parallèles, l’appareil sécuritaire, l’endoctrinement institutionnalisé. On peut décapiter la figure tutélaire, sans pour autant démanteler la machine. Et l’histoire récente l’a montré ailleurs : le vide engendre rarement la démocratie spontanée. Il crée d’abord une lutte féroce pour le pouvoir.

Dans ce contexte, apprendre que des émissaires iraniens chercheraient à négocier avec Donald Trump est révélateur. Négocier quoi ? Le nucléaire, sans doute. Mais négocier le nucléaire, c’est implicitement reconnaître un interlocuteur légitime. C’est stabiliser un régime que des centaines de milliers d’Iraniens ont bravé, au prix du sang, pour contester. Peut-on, au nom de la sécurité internationale, figer au pouvoir ceux que la rue rejette ?

La contestation née après la mort de Mahsa Amini n’était pas une querelle technique sur l’enrichissement d’uranium. C’était un cri existentiel : « Femme, Vie, Liberté ». Une revendication de dignité. De liberté. De normalité. Les manifestants ne réclamaient pas un compromis diplomatique, ils réclamaient la fin d’un système théocratique.

Et pourtant, l’alternative organisée la plus visible reste celle de Reza Pahlavi, fils du Shah déchu. La tentation monarchique révèle l’impasse : lorsque l’opposition structurée se résume à l’héritier d’un régime lui-même autoritaire, c’est que les forces démocratiques ont été méthodiquement étouffées pendant des décennies. On ne bâtit pas une république pluraliste sur des ruines sans institutions, sans partis, sans presse libre.

L’Iran n’a pas seulement besoin d’un nouveau dirigeant. Il a besoin d’un nouvel équilibre. D’une transition encadrée, d’une justice transitionnelle, d’une reconstruction de la confiance – d’abord entre l’État et ses citoyens, ensuite avec la communauté internationale. Sans cela, la chute d’un tyran ne serait qu’un chapitre de plus dans une longue tragédie.


© Le Journal de Montréal