Attirer les femmes malgré la polarisation
En vue des élections québécoises le 5 octobre, les cinq principaux partis ont le devoir de recruter autant de femmes que d’hommes, et ce, même si elles sont plus difficiles à convaincre, d’où l’importance de bien les outiller.
Catherine Fournier, mairesse de Longueuil et ex-députée de l’Assemblée nationale, suivra avec intérêt l’évolution du nombre de candidatures féminines en prévision du 5 octobre.
Elle ose croire que les partis garderont le cap. Mais dans un contexte de polarisation, où de nombreux reculs démocratiques sont observés, la parité, qui consiste à présenter entre 45 % et 55 % de candidates, semble loin d’être acquise.
Il suffit d’une crise pour que les droits des femmes reculent, disait Simone de Beauvoir. « Nous sommes en plein dedans », s’inquiète la journaliste Pascale Navarro, dans son ouvrage Pour une féminisation du pouvoir.
Cette figure de proue de l’engagement des femmes en politique voit dans une Loi sur la parité, réclamée par le Groupe Femmes, Politique et Démocratie (GFPD), un excellent moyen transitoire « afin de briser un modèle et permettre qu’après, ça puisse se faire plus naturellement ».
En attendant, l’élue considère que pour recruter des femmes, « nécessairement, ça part des chefs, de l’ADN des formations politiques et de ce qu’on décide de prioriser ».
Impliquée dans le recrutement lorsqu’elle siégeait au PQ, Mme Fournier a fondé son propre parti politique municipal en 2021. La parité était un incontournable à ses yeux.
« Quand j’ai lancé ma formation politique, relate-t-elle, il était clair au départ que ce serait axé sur une collaboration très positive [...]. Bien des femmes ne se retrouvent pas dans les modèles de confrontation, surtout dans le contexte de polarisation. »
Les femmes vont en politique pour porter des projets et faire la différence, dit-elle. Le parti doit leur envoyer des signaux en conséquence.
Puis, les femmes expriment en général plus de doutes. Manon Massé connaît très bien ce syndrome de l’imposteur. Militante et organisatrice communautaire, elle a accepté de se présenter comme première candidate de QS, en 2006.
« J’avais tellement peur d’être élue », lance cette députée aguerrie et appréciée, devant une dizaine d’aspirantes candidates, lors d’un dîner-conférence organisé par Les Elles du pouvoir.
Comme quoi tout est possible, malgré la peur et le doute, qui concernent beaucoup la violence sur les réseaux sociaux, les perceptions, l’inconnu. D’où l’importance de bien entourer les femmes et de bien les outiller.
Lorsqu’on lui demande ce qu’elle recommande aux femmes qui souhaitent se lancer, Catherine Fournier cite trois stratégies : il faut se faire confiance, bâtir son réseau et se trouver des alliés.
C’est dans cet objectif que le GFPD offre une série de formations destinées aux futures candidates, dont une qui se déroule en ligne jeudi : « Se préparer à vivre sereinement sa campagne électorale au provincial. »
« Le postulat que nous faisons, c’est que plus les femmes sont outillées et connaissantes de ce qui les attend, et mieux elles seront en mesure de faire face et de vivre l’aventure de façon agréable », résume l’un des formateurs, Luc Samama, consultant en développement stratégique chez Conjoncture affaires publiques.
En deuxième partie, sa collègue Gaëtane Corriveau abordera l’importance de la santé physique et psychologique, notamment au niveau de la gestion du stress. « Je trouvais que c’était un peu l’aspect négligé des préparatifs par rapport à l’équilibre et à la santé émotionnelle », expose-t-elle.
L’organisation, la préparation, la structuration et une bonne hygiène de vie sont autant d’outils pour faire face à la pression médiatique et du public.
Ce sont aussi des clés pour permettre aux femmes de rester plus longtemps en poste, une fois élues. C’est ainsi, écrit Pascale Navarro, qu’elles pourront vraiment imprégner la politique de leur vision et laisser leur marque.
