Le Québec est la vieille femme de ménage d’Ottawa
Je vous ai souvent parlé du phénomène des poupées russes dans nos débats : un problème en contient un autre qui, lui-même, en contient un autre, et ainsi de suite.
Le nombre d’itinérants a presque doublé au Canada depuis 2018, selon l’étude fédérale Tout le monde compte de juillet 2025.
Dans les grandes villes, le phénomène prend carrément la forme de campements organisés.
Les autorités n’osent guère les démanteler, sachant que ces gens ne disparaîtront pas et que les ressources manquent pour les sortir de la rue.
Ottawa finance divers programmes de lutte contre l’itinérance.
Ces programmes vont subir d’importantes compressions.
On peut d’abord se demander ce qu’Ottawa fait dans ce domaine.
C’est le premier problème, la plus grande poupée russe : Ottawa se mêle de questions qui ne sont ni dans son domaine d’expertise ni dans ses responsabilités constitutionnelles.
Évidemment, ces compressions sèment la panique dans le milieu communautaire : refuges pour sans-abri, haltes-chaleur, hébergements de transition, etc.
Si la précarité des sans-abri augmente, la facture pour les services de santé physique et mentale augmentera aussi.
Qui ramassera cette facture ? Le gouvernement du Québec.
C’est le deuxième problème, la deuxième poupée : le Québec est la femme de ménage d’Ottawa, celle qui passe derrière pour nettoyer de son mieux après le party.
C’est systématique : Ottawa intervient sans consulter, crée un lien de dépendance financier, se retire sans prévenir, et les gouvernements provinciaux héritent des conséquences, mais pas des moyens.
Le troisième problème est dans nos têtes.
Une dirigeante du Réseau d’aide aux personnes seules et itinérantes de Montréal (RAPSIM) disait : « Si le fédéral ne peut pas payer, le provincial devrait être capable de pallier les coupes. »
Cette réaction est tout à fait caractéristique.
On se résigne à subir les décisions unilatérales d’Ottawa.
On accepte l’impuissance.
On demande des comptes à celui qui arrive après les dégâts.
Et si Québec n’intervient pas à la hauteur souhaitée, il sera davantage blâmé que le vrai responsable.
Ottawa, c’est loin, Québec, c’est proche, et l’analyse politique s’arrête là.
L’arbre cache la forêt. On ne voit pas le système à l’œuvre.
On a intériorisé l’absurdité de la situation.
Le député de Québec solidaire (QS) Guillaume Cliche-Rivard disait pour sa part : « Le financement de l’itinérance, il doit être bonifié, pas coupé. Il y a quelqu’un quelque part qui l’a échappé. »
Ce « quelqu’un quelque part », c’est Ottawa. Trop dur de le nommer ?
Lui aussi ajoute : « Le gouvernement du Québec doit assumer son leadership et corriger le tir. »
Comment le gouvernement du Québec doit-il « assumer son leadership » si l’argent reste à Ottawa ?
Comme me le disait un ami pince-sans-rire, c’est sans doute ainsi que QS conçoit la souveraineté : Ottawa coupe et le Québec ramasse « souverainement » les factures.
Ce double standard est profondément ancré dans notre culture : Ottawa fait à sa tête, s’en sort sans trop de blâmes, et on demande à Québec de tout arranger.
