Piger dans ses économies pour payer l’épicerie
À 74 ans, Diane travaille encore. Quatre jours par semaine. Pas pour se désennuyer, mais parce que son revenu de retraite est nettement insuffisant pour payer son logement et sa nourriture. Après une vie complète à travailler, elle ne peut pas se permettre d’arrêter. Pas le choix. C’est ça ou elle pige dans ses économies pour se nourrir, comme le fait déjà un Québécois sur trois.
Cette statistique lancée par l’expert en agroalimentaire Sylvain Charlebois, après qu’il a sondé 1200 Québécois, m’a vraiment troublée. Un ménage sur trois qui est obligé d’aller piger dans ses économies pour se nourrir, c’est énorme ! Comment se fait-il qu’on en soit rendu là ?
Ce n’est pas juste d’être un peu serré à la fin du mois. Là, on parle de gens – peut-être vous, peut-être vos proches – qui doivent hypothéquer leur avenir pour payer l’épicerie. Et quand tu n’as pas d’économies, tu fais quoi ? Ben, tu sors ta carte de crédit.
Manger à crédit, ça ne peut pas être une solution viable pour les ménages qui en arrachent. Mais quand t’es rendu là, c’est que les options manquent. Y a plus de trous pour se serrer un peu plus la ceinture. Les familles n’ont plus de marge.
Piger dans son « vieux gagné »
L’argent qu’on met de côté pour les imprévus ou juste pour vieillir tranquille sert aujourd’hui à acheter du lait, du pain, de la viande. Ouais, peut-être pas de la viande. Le prix d’un steak a augmenté de 70 % en cinq ans.
L’autre jour, mon litre d’essence à 1,97 $ (ouais, je fais le plein à Montréal) m’a coûté le prix d’un céleri en spécial chez Super C. On est rendu à choisir entre mettre du gaz dans sa voiture ou de la bouffe sur la table ? C’est pas normal !
Une mère de famille croisée l’autre jour dans l’allée des céréales à l’épicerie me témoignait de sa frustration devant l’inflation alimentaire galopante : « Ça se peut pas comme tout est cher. Je m’assure d’abord que mes enfants mangent à leur faim. Moi, je passe après ».
Fini les petits luxes. Le crémage sur le gâteau. Et la SAQ qui pense nous vendre du champagne à 90 piasses au Costco ? Y en a qui touchent pas à terre parmi nos décideurs. Sont-ils conscients que des citoyens se feront couper l’électricité le 1er avril parce qu’ils sont incapables de payer leur facture d’Hydro ?
On dit souvent : « C’est une question de choix ». Oui et non. Le panier de provisions de 2020 vous coûte aujourd’hui 25 % plus cher. Et c’est juste une moyenne. Certains aliments ne sont carrément plus achetables. Les revenus ne suivent pas. Surtout pour les retraités. On ne le dit pas assez, mais nos aînés s’appauvrissent. C’est l’autre mur qu’on va frapper bientôt.
On sait tous comment ça finit. Nos rues débordent de gens démunis. Une « crise humanitaire », a dit la mairesse de la métropole. Quelqu’un écoute ? C’est un choix aussi de faire semblant d’être sourd.
Lucie, 67 ans, une autre retraitée à qui j’ai parlé, vit sobrement. Elle surveille les spéciaux, fait le tour des circulaires, achète en fonction des rabais. Elle stocke quand c’est moins cher. Comme bien du monde, finalement. Mais son argent fond comme neige au soleil. Et elle se demande : « Est-ce qu’on va se rendre jusqu’au bout ? »
Quand 8 personnes sur 10 disent que l’épicerie est devenue LA dépense la plus lourde, c’est plus juste une question de gestion de budget. C’est un problème de société.
Il y a des solutions. Pourquoi ne pas enlever la taxe de vente sur les aliments préparés comme vient de le décider le Manitoba ? Les plats prêts-à-servir qu’on achète à la va-vite ou parce que vous êtes seul et que vous n’avez pas le cœur à cuisiner, pourquoi sont-ils taxés ?
Ça ne réglera pas tout. Mais ça peut vouloir dire quelques centaines de dollars de plus par année. Pour quelqu’un qui est déjà à bout de ressources, ça compte.
