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Guerre en Iran: Mark Carney difficile à suivre

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03.03.2026

L’appui sans nuance de Mark Carney à Donald Trump, samedi, dans l’heure qui a suivi l’opération israélo-américaine en Iran, avait de quoi surprendre.

Surtout venant de l’auteur du discours de Davos du 20 janvier 2026.

D’une part parce qu’à ce moment, il nous avait expliqué subtilement que le Canada prendrait ses distances avec les États-Unis – sans jamais le nommer, certes. C’était un discours de « rupture ».

Face aux géants qui souhaitent se partager le monde, « les puissances intermédiaires », comme le Canada, devaient « agir ensemble parce que lorsqu’on n’est pas à la table, on figure au menu ».

Mais samedi, au moment où il se rangeait sans condition derrière l’administration Trump, les principales puissances intermédiaires, elles, nuançaient. « Le Royaume-Uni n’a joué aucun rôle dans ces frappes », précisait le premier ministre britannique, Keir Starmer. La déclaration du président français, Emmanuel Macron, contenait la même information importante.

Du reste, à Davos, Mark Carney nous avait expliqué que les règles internationales et le droit international faisaient partie d’une sorte de grand mensonge que nous nous racontions à nous-mêmes. Que nous contribuions à perpétuer.

Depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale et la création de l’ONU, les géants faisaient à peu près ce qu’ils voulaient de toute manière, sous couvert du droit international.

Désormais, le Canada vivrait « dans la vérité », adhérerait à un « réalisme » tempéré par certaines valeurs, dont les suivantes : « Nous demeurons fidèles à nos principes quant à nos valeurs fondamentales : souveraineté et intégrité territoriale, interdiction du recours à la force, sauf dans les cas prévus par la Charte des Nations unies, et respect des droits de la personne. »

Quoi qu’on puisse penser du régime des mollahs en Iran (et comme la presque totalité d’entre vous, j’en pense beaucoup de mal), on ne peut dire que l’intervention des États-Unis et d’Israël ait été conforme à ces « valeurs » mises en exergue par Mark Carney dans son discours de Davos.

Hier matin, alors qu’il y avait une tonne de questions à discuter, le premier ministre s’est muré dans le silence. Préférant annuler son point de presse avec les journalistes qui l’avaient suivi dans sa mission en Inde.

C’est sa ministre des Affaires étrangères, Anita Anand, qui précisa en mêlée de presse deux éléments fondamentaux de la position canadienne.

D’abord, que le Canada n’a pas participé à l’attaque, qu’il n’avait pas été informé qu’elle se tiendrait et qu’il n’a pas l’intention de s’y joindre.

Cette précision s’accompagnait d’une autre, qui constituait en un réalignement avec les positions du Royaume-Uni et de la France : « Le Canada croit en une solution diplomatique et pacifique. »

On peut presque parler d’une volte-face. Si c’est le cas, n’est-ce pas un retour à l’illusion dénoncée à Davos, celle du « droit international [...] appliqué avec plus ou moins de rigueur selon l’identité de l’accusé ou de la victime » ? Mark Carney doit des explications aux citoyens du Dominion, car il est pour l’instant difficile à suivre.


© Le Journal de Montréal