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Idées | Les nids de poulet

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17.06.2026

Avant que j’aille plus loin, un mot sur le titre. Le terme « poulet » pour désigner les policiers ne date pas d’hier. Il est utilisé en France depuis 1871. J’y reviendrai. Et comme ancien poulet, j’ose me permettre cette liberté.

Ce printemps, comme chaque année à Montréal, on a fait beaucoup de bruit médiatiquement au sujet des nids-de-poule, qui dérangent.

Depuis des décennies, des personnes qu’on racise nous signalent les mêmes fissures : profilage racial, plaintes rejetées, rapports accablants, jugements des tribunaux, témoignages de citoyens, interventions controversées, sans oublier les morts. Chaque fois, on colmate les brèches. Chaque fois, on promet de réparer la route. Chaque fois, on nous assure qu’il s’agit d’un autre cas isolé.

À force de s’accumuler, ces cas isolés ne sont plus des trous dans la route. Ils sont devenus une autoroute de nids de poulet qui fissure le Québec.

Bien sûr que le chef de police ne peut se dire autre chose que surpris. Dire le contraire serait une mort politique certaine : cela reviendrait à reconnaître qu’il a failli à sa tâche. Le chef ne peut toutefois pas réellement être surpris. C’est lui-même qui, il y a à peine deux ans, a ordonné le retrait de l’écusson thin blue line, porté par plusieurs policiers du Service de police de la Ville de Montréal (SPVM), parce qu’il était devenu associé à des mouvements d’extrême droite et nuisait à la confiance du public.

Lorsque vous dirigez une organisation et que vous devez faire retirer un tel symbole porté par vos propres policiers, c’est que les sirènes résonnent depuis longtemps. D’ailleurs, c’est notamment ce qui a poussé le commandant Patrice Vilcéus à quitter le SPVM en 2024. Dans sa lettre de départ, il dénonçait le racisme et le profilage racial au sein du SPVM, parlant d’un « cancer qui ronge l’organisation ».

Jamais je ne comparerais le poids qu’un citoyen porte lorsqu’il dépose une plainte contre la machine du SPVM à celui d’un policier qui dénonce à l’interne. Les deux réalités sont différentes. Mais il ne faut pas non plus minimiser les conséquences que peut entraîner la lutte contre le racisme à l’intérieur même d’une institution réputée pour sa........

© Le Devoir