Le gouvernement Fréchette ouvre la voie au favoritisme
Le ministre des Relations internationales et de la Francophonie, Christopher Skeete, a annoncé le 28 mai qu’une enveloppe récurrente de 250 000 $ serait consacrée à la diplomatie scientifique du Québec par l’entremise des délégations du Québec à l’étranger.
La somme aurait pu être une bonne nouvelle pour les études québécoises. Elle est, pour elles, une perte sèche. Ce sont précisément les 250 000 $ qu’administrait jusqu’ici l’Association internationale des études québécoises (AIEQ), désormais privée de son personnel et de ses locaux.
Aucune somme n’est économisée. Un dispositif éprouvé est démantelé. Un autre, mal outillé pour le remplacer, va hériter de ces fonds. Qui veut noyer son chien…
Le ministre a justifié sa décision en évoquant l’embauche par l’Association, en 2024-2025, d’un poste contractuel qui aurait pesé indûment sur son budget. La chronologie, documentée, mérite d’être rappelée. Ce poste a été créé à la suggestion du ministère lui-même, après que celui-ci eut retiré, lors du renouvellement de l’entente en mars 2024, le prêt de service qui assurait jusqu’alors l’animation du réseau international.
La subvention annuelle est passée à cette occasion de 150 000 $ à 250 000 $, précisément pour permettre cette embauche. Reprocher aujourd’hui à l’AIEQ d’avoir fait ce que le ministère lui avait proposé, et financé pour qu’elle le fasse, c’est, au mieux, réécrire les faits ; au pire, calomnier une association pour justifier son asphyxie.
Pourquoi les délégations ne peuvent-elles pas remplacer l’AIEQ ? D’abord, parce qu’elles ne disposent pas de la force de son réseau, qui rassemble plus de 500 membres chercheurs dans quarante pays. Par l’entremise de leurs institutions d’accueil, ces membres de l’AIEQ fournissent locaux, hébergement, repas et encadrement intellectuel.
L’aide de l’AIEQ — quelques centaines ou milliers de dollars par séjour — ne couvre qu’une fraction du coût réel ; le reste est assumé par les universités hôtes. Pour un dollar investi par l’intermédiaire de l’AIEQ, ce sont trois dollars en valeur d’accueil mobilisés à l’étranger. Ce levier disparaît avec la fin du financement de l’AIEQ.
Ensuite, l’évaluation par les pairs. L’AIEQ s’appuie sur un comité scientifique indépendant qui examine les dossiers au mérite, et sur un conseil d’administration qui veille à la bonne gestion des fonds. Ces deux instances ne sont pas une coquetterie bureaucratique : ce sont des pare-feu qui protègent le ministère lui-même des tentations d’ingérence dans les affaires universitaires.
En supprimant l’AIEQ, le gouvernement Fréchette abolit la saine distance entre le politique et le scientifique, et ouvre la voie au favoritisme et à l’instrumentalisation de la recherche. Les propos du ministre Skeete tenus lors de l’étude des crédits, le 28 mai 2026, selon lesquels l’AIEQ soutiendrait des colloques « nichés » sans intérêt pour les relations internationales montrent assez qu’il tient pour peu de chose les principes de la liberté universitaire et la recherche menée à distance du politique.
Que va-t-il se passer si les 250 000 $ sont transférés aux délégations ? Premier scénario : saupoudrée sur l’ensemble des délégations, la somme sera trop dispersée pour soutenir une politique de rayonnement durable, faute du réseau, de........
